Nous contestons la constitutionnalité d’une loi fédérale sur la vie privée qui permet aux entreprises de partager des données sensibles de clients à la demande avec la police, les agences de sécurité nationale, les agents de contrôle des frontières et d’autres.

Les compagnies Internet et téléphoniques partagent à elles seules les données des clients avec les agences gouvernementales des dizaines de milliers de fois chaque année, sans mesures de protection efficaces.

Quel est le problème?

À l’ère numérique, où toutes nos interactions en ligne sont médiatisées par diverses entités privées, les entreprises détiennent une multitude de données personnelles sur nos interactions les plus intimes.

Pourtant, en vertu de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (PIPEDA), la législation fédérale canadienne sur la vie privée, les entreprises privées sont autorisées à divulguer des renseignements personnels aux agences gouvernementales sans garanties significatives.

Bien que notre Charte impose des limites au moment où les agences gouvernementales peuvent demander des renseignements personnels aux entreprises, les informations sensibles sont souvent obtenues sans ordonnance du tribunal ni obligation d’informer les clients que leurs données personnelles ont été divulguées.

Dans certaines circonstances, la PIPEDA interdit même aux entreprises d’informer les individus que leurs données ont été demandées.

Avec autant de données sensibles entre les mains d’entreprises privées, nous avons besoin de mesures rigoureuses de reddition de comptes pour garantir que les demandes gouvernementales respectent la loi.

Pourquoi c’est important

Le cadre créé par la PIPEDA permet aux entreprises de partager des informations sensibles avec la police en l’absence de garanties significatives, soulevant de sérieuses préoccupations en matière de vie privée.

En pratique, il existe peu de mesures de responsabilité pour garantir que ces divulgations sont légales. La plupart des gens ne savent jamais que leurs renseignements personnels ont été partagés, et ne le seront pas à moins de demander de manière proactive à leur fournisseur de services, et même dans ce cas, le gouvernement peut bloquer la demande.

Dans ce cadre, les compagnies de téléphonie et d’Internet (fournisseurs de services de télécommunications ou TSP) ont partagé de grands volumes d’informations de base sur les abonnés avec des agences gouvernementales pendant des années.

Les informations de base pour les abonnés sont celles qui aident à identifier les utilisateurs anonymes d’Internet ou de téléphone. Pendant des années, les agences d’application de la loi et les TSP avaient décidé que ce type d’information d’identification client n’était pas privée, ce qui a jeté les bases d’un vaste programme de partage d’informations.

La portée complète du programme historique n’est pas connue, mais dans un cas, les TSP ont rapporté qu’en moyenne, ils recevaient plus d’un million de demandes d’informations de base sur les abonnés chaque année. Seule une fraction de ces demandes a jamais été examinée en justice.

Puis, en 2015, la Cour suprême du Canada a statué dans l’affaire R c Spencer que les informations de base des abonnés sont hautement sensibles parce qu’elles révèlent une activité en ligne autrement anonyme. L’anonymat est essentiel pour préserver toute semblance de vie privée à l’ère numérique.

La décision Spencer a empêché certaines demandes gouvernementales de données de base sur les abonnés. Mais cela n’a pas résolu le cadre sous-jacent qui avait permis au gouvernement de partager autant de données sensibles — un cadre où les entreprises privées et le gouvernement décident effectivement ce qui est permis ou non dans la majorité des cas.

Aujourd’hui, les agences gouvernementales continuent de demander des informations sur des dizaines de milliers de clients TSP chaque année, tandis qu’une liste croissante d’autres entreprises sont également soumises à ce régime, y compris les processeurs de paiement, les plateformes de médias sociaux et les fournisseurs de courriel. Une nouvelle législation introduite (projet de loi C-2, Loi sur les frontières fortes, introduite en juin 2025) pourrait encore élargir les demandes d’information policières dans le cadre de ce régime, rendant d’autant plus urgent la nécessité d’un cadre approprié.

Réponse de la CCLA

En 2014, nous avons déposé un recours constitutionnel devant la Cour supérieure de justice de l’Ontario avec notre co-requérant, le Dr Christopher Parsons. Le défi vise des dispositions spécifiques de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (PIPEDA) qui permettent aux entreprises privées de divulguer des renseignements personnels aux agences gouvernementales sans mesures de protection efficaces.

La contestation constitutionnelle vise à protéger les renseignements personnels des individus en veillant à ce qu’un cadre approprié soit en place lorsque diverses agences policières et de sécurité demandent des données personnelles aux entreprises.

Particulièrement lorsque des informations sont demandées sans ordonnance du tribunal, il est effectivement laissé aux agences gouvernementales et aux entreprises privées le soin d’interpréter quelles demandes d’informations personnelles sont permises et lesquelles ne le sont pas. Les entreprises, de leur côté, disposent rarement de suffisamment d’informations pour identifier les demandes problématiques.

Le résultat est un cadre législatif qui permet au gouvernement d’accéder aux renseignements personnels sans mécanismes de reddition de comptes, de supervision judiciaire ou de transparence, ce qui sape les droits constitutionnels des Canadiens.

Nous demandons à la cour de déclarer inconstitutionnelles et invalides les dispositions de la PIPEDA qui créent ce cadre.

Il reviendra alors au gouvernement fédéral de créer un cadre plus transparent et responsable qui, par extension, protège mieux les droits à la vie privée des citoyens au Canada face à la surveillance numérique croissante.

CCLA est reconnaissante pour le soutien et la représentation pro bono de notre exceptionnelle équipe de contentieux et de leur cabinet : Andrew Lokan et Kartiga Thavaraj de Paliare Roland Rosenberg Rothstein.

Passez à l’action

Si vous vous souciez de la vie privée et de la responsabilité dans la surveillance de l’État, pensez à faire un don à la CCLA dès aujourd’hui.

La chronologie
Matériaux et documents

Jugements

Association canadienne des libertés civiles et al. c. Canada (Procureur général), 2016 ONSC 4172 (rejet de la requête en rejet du procureur général)

Principaux documents juridiques

Factum de la CCLA (4 juillet 2025)

Bilan des demandes de réponse du procureur général du Canada (17 mars 2017)

Bilan des demandes de la CCLA (1er mai 2015) : Volume 1 | Volume 2

Avis de demande de la CCLA (13 mai 2014)

Horaire des audiences

Une audience est provisoirement prévue pour décembre 2025 devant la Cour supérieure de justice de l’Ontario à Toronto.

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