Les groupes de défense des droits humains et de la vie privée cherchent à obtenir une décision plus ferme sur la surveillance en masse, faisant appel d’un jugement historique. Après la victoire de l’an dernier, au cours de laquelle la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a jugé illégal le régime historique de surveillance du Royaume-Uni, une coalition de groupes de défense des droits humains, dont la CCLA, demandera aujourd’hui à la Grande Chambre de la Cour de Strasbourg d’aller plus loin dans son jugement. C’est une affaire qui a des implications mondiales pour la surveillance des réseaux de communication mondiaux. La CCLA participe parce que les messages de personnes au Canada sont régulièrement pris dans cette collecte en masse, violant la vie privée de nos communications personnelles sans aucun soupçon, et en grande partie sans recours concret. En septembre dernier, après une bataille juridique de cinq ans, la CEDH a conclu que le régime historique britannique d’interception massive (en vertu de la Regulation of Investigatory Powers Act 2000) violait le droit à la vie privée protégé par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et le droit à la liberté d’expression protégé par l’article 10. Aujourd’hui, la CCLA et six de nos groupes partenaires du Réseau international des organisations pour les libertés civiles (INCLO) dirigés par Liberty se joignent à Amnesty International et Privacy International pour tenter de bâtir sur cette victoire. Nous plaidons devant la plus haute chambre de la Cour que l’interception massive des communications viole intrinsèquement notre vie privée et notre liberté d’expression. Nous soutenons également que le régime de partage de renseignements entre le Royaume-Uni et des États étrangers est illégal, car le gouvernement britannique peut, en partageant du matériel intercepté, contourner les garanties en place lorsqu’il intercepte lui-même les communications. Seul un petit nombre des affaires les plus importantes sont entendues à la Grande Chambre. À la lumière des changements technologiques rapides et de l’intrusion de la surveillance de masse, la coalition exhorte la Cour à réévaluer la légalité de la surveillance de masse sur des personnes ordinaires qui ne sont pas considérées comme une menace.

Brenda McPhail, directrice de la vie privée, de la technologie et de la surveillance à la CCLA, a déclaré : « La surveillance de masse n’est tout simplement pas justifiable dans une démocratie respectueuse des droits. La CCLA soutient nos partenaires internationaux dans cette affaire, luttant pour les résidents du Canada et du monde entier contre les ravages des droits à la vie privée et à la liberté d’expression créés par la capture massive de nos communications personnelles et privées. »

Megan Goulding, avocate chez Liberty, a déclaré : « Les pouvoirs de surveillance en masse signifient que les agences gouvernementales britanniques espionnent les gens ordinaires à grande échelle, balayant et stockant leurs communications et données privées. » Ces pouvoirs ont déjà été jugés illégaux par la Cour, et l’audience d’aujourd’hui constitue une autre étape importante pour garantir que notre régime de surveillance respecte nos droits fondamentaux à la vie privée et à la liberté d’expression. « Notre régime de surveillance doit être guidé par le soupçon plutôt que de nous soumettre tous à une surveillance étatique intrusive qui sape notre liberté. »

L’affaire

Le 13 septembre 2018, la CEDH a statué que les lois britanniques permettant la surveillance de masse violent nos droits à la vie privée et à la liberté d’expression. Cependant, le jugement n’allait pas assez loin en ce qui concerne l’illégalité des pouvoirs d’interception massive et les lacunes fondamentales du régime pour le partage de renseignements entre le Royaume-Uni et des États étrangers. La coalition des groupes de défense des droits a donc demandé à la Cour européenne de soumettre l’affaire à sa plus haute magistrature, la Grande Chambre. Dans cet appel, nous demandons une décision finale selon laquelle de tels pouvoirs d’interception massive violent intrinsèquement nos droits à la vie privée et à la liberté d’expression. Nous soutenons également que le régime de partage interétatique de renseignements basé sur de telles interceptions est illégal, car il permet au Royaume-Uni de contourner les garanties en place lors de ses interceptions, malgré le fait que l’intrusion dans la vie privée d’un individu soit identique dans chaque cas.

Elizabeth Farries, gestionnaire du programme de surveillance et de droits humains à INCLO, a déclaré : « Pourquoi devrions-nous nous cacher des gouvernements espions? Reconnue par de nombreux instruments, traités et normes internationales, la vie privée est notre droit fondamental sur lequel reposent plusieurs de nos libertés associées. Sous la direction de Liberty, sept membres d’INCLO du monde entier rejoignent ce défi pour protéger les droits de communication privée de centaines de millions de personnes. »

Contexte

Cette affaire a débuté en 2013, à la suite des révélations d’Edward Snowden selon lesquelles le gouvernement britannique interceptait, traitait et stockait secrètement des données concernant des millions de communications privées de personnes, même lorsque ces personnes n’avaient clairement aucun intérêt en matière de renseignement. Snowden a également révélé que le gouvernement accédait aux communications et aux données recueillies par la National Security Agency des États-Unis et les agences de renseignement d’autres pays. Tout cela se passait sans consentement ou sensibilisation du public et sans mesures de protection adéquates. Les informations recueillies et stockées par le gouvernement peuvent révéler les aspects les plus intimes de la vie privée d’une personne – y compris qui elle est, où elle va, qui elle contacte, quels sites internet elle visite, son opinion, etc.

Caroline Wilson Palow, conseillère juridique générale de Privacy International, a déclaré : « Le gouvernement devrait-il être autorisé à espionner vos communications numériques même si vous n’êtes soupçonné d’aucun crime? Ce n’est pas parce que la technologie leur permet de le faire, devraient-ils pouvoir le faire à une échelle sans précédent, en espionnant potentiellement des millions de personnes? Nous soutenons depuis plusieurs années que la réponse à ces deux questions est un non catégorique. « L’an dernier, la Cour européenne des droits de l’homme a statué que certaines parties du régime historique de surveillance de masse du Royaume-Uni étaient illégales. Aujourd’hui, nous demandons à la Grande Chambre de s’appuyer sur le jugement de l’an dernier et de dire une bonne fois pour toutes que l’interception massive de nos communications numériques par le gouvernement britannique constitue une violation de la vie privée et de la liberté d’expression, telles que protégées par les articles 8 et 10 de la Convention européenne des droits de l’homme. »

Les avocats de l’affaire sont Ben Jaffey QC et Gayatri Sarathy de Blackstone Chambers, ainsi que David Heaton de Brick Court Chambers.

À propos de l’Association canadienne des libertés civiles

La CCLA est une organisation indépendante à but non lucratif avec des partisans de partout au pays. Fondée en 1964, la CCLA est une organisation nationale de défense des droits humains engagée à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.

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