Alors que le projet de loi C-12 s’apprête à recevoir son examen final au Parlement, le Comité des droits de la personne des Nations Unies a tiré la sonnette d’alarme concernant les nouvelles dispositions d’inadmissibilité du projet de loi, qui priveraient les demandeurs d’asile de garanties procédurales adéquates dans l’évaluation de leurs demandes.

Comme la CCLA l’a noté dans ses observations et témoignages parlementaires, le projet de loi C-12 crée de nouvelles catégories d’inadmissibilité qui privent les demandeurs d’asile de leur droit à une audience et à un appel complet devant la Commission de l’immigration et des réfugiés.

Ces dispositions d’inadmissibilité seront fondées sur des critères arbitraires. Toute personne entrant au Canada plus d’un an avant de demander le statut de réfugié serait inadmissible, même s’il n’y a aucune corrélation entre la légitimité de la demande d’un réfugié et le moment où une personne est entrée dans le pays.

Un enfant qui a visité le Canada en vacances avec sa famille, un défenseur des droits humains venu parler à des gens au Canada de leur pays d’origine, ou quelqu’un fuyant la persécution fondée sur le genre qui a besoin de temps pour gérer son traumatisme avant de faire avancer une demande — tout cela serait touché par les exclusions flagrantes du C-12.

Pire encore, le projet de loi aura une application rétroactive, affectant toute personne qui est entrée dans le pays après le 24 juin 2020 et n’a pas avancé de demande avant l’introduction initiale du régime législatif.

Le gouvernement a soutenu que d’autres mécanismes permettent aux réfugiés de faire avancer leurs demandes, mais comme l’ont souligné la CCLA et d’autres (y compris le comité du Sénat qui a étudié en profondeur le projet de loi), ces mécanismes manquent de garanties procédurales essentielles.

Dans ses observations, le Comité des droits de l’homme de l’ONU, chargé de superviser et de statuer sur le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (CCPR), a fait écho aux préoccupations de la société civile concernant l’élargissement des critères d’inéligibilité, appelant le gouvernement à veiller à ce que le projet de loi C-12 assure l’accès à des « procédures justes et efficaces, avec toutes les garanties procédurales nécessaires » conformément au principe de non-refoulement.

Pourtant, le gouvernement a refusé tout amendement qui aurait réellement atténué le préjudice causé aux demandeurs par le projet de loi C-12, y compris les amendements proposés par le Sénat qui auraient accordé aux demandeurs d’asile un droit à une audience, prolongé la période d’exclusion arbitraire à deux ans au lieu d’un, limité sa demande rétroactive injuste ou protégé les enfants de son nouveau régime d’inadmissibilité.

Refuser aux demandeurs d’asile des garanties procédurales clés les expose à un risque grave de persécution, de torture ou pire. Cela nuit aussi à la crédibilité du Canada sur la scène internationale en tant que pays engagé envers les droits humains et la protection des réfugiés.

Les conclusions du Comité CCPR, publiées dans le cadre de son bilan décennal des droits de la personne au Canada, ne s’arrêtent pas au projet de loi C-12, qui dresse un tableau alarmant de l’érosion du respect des libertés civiles dans le pays.

Le Comité souligne une attaque contre le droit à la manifestation pacifique, notamment par une surveillance accrue des voix dissidentes; une tendance croissante à immuniser la législation contre l’examen de la Charte en invoquant dangereusement fréquemment la clause dérogatoire; des lois qui pénalisent de façon disproportionnée les minorités religieuses en créant des barrières à leur participation à l’emploi public (notamment le projet de loi 21 du Québec); un échec à traiter adéquatement la surreprésentation continue des Autochtones et des Noirs dans notre système de justice pénale; la nécessité pour le Canada de reconsidérer sa désignation des États-Unis comme destination « sécuritaire » de pays tiers pour rapatrier les réfugiés, compte tenu du risque que cela représente pour ceux qui transitent vers le Canada par les États-Unis; des propositions législatives visant à instaurer des pouvoirs de surveillance étendus (y compris le projet de loi C-2, récemment réintroduit sous le nom de projet de loi C-22) et plus encore.

Pris ensemble, le pronostic global du paysage des droits de la personne au Canada n’est pas bon.

Les observations finales du Comité devraient servir d’alerte à tous les niveaux de gouvernement au Canada. En ce qui concerne le projet de loi C-12, la CCLA appelle le gouvernement fédéral à accepter les conclusions du Comité et à réaffirmer son engagement envers un système de réfugiés juste et efficace, qui respecte les droits de la personne, en revenant sur cette proposition législative.

À propos de l’Association canadienne des libertés civiles

La CCLA est une organisation indépendante à but non lucratif avec des partisans de partout au pays. Fondée en 1964, la CCLA est une organisation nationale de défense des droits humains engagée à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.

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