Ce qui suit est une réimpression d’une lettre envoyée au maire John Tory par l’Association canadienne des libertés civiles le 22 juillet 2018.

Cher maire Tory,

L’Association canadienne des libertés civiles a de sérieuses préoccupations quant à l’impact des nouvelles technologies de surveillance policière pour la ville de Toronto. Ce virage fondamental vers la surveillance d’État au Canada pourrait aller à l’encontre des droits constitutionnels à la vie privée, risquant l’admissibilité de toute preuve obtenue, entraînant des millions gaspillés en technologies et en coûts policiers. Pire encore, si elle est placée dans des quartiers pauvres ou divers, la nouvelle technologie pourrait être un coup brutal inconstitutionnel pour les communautés racialisées de Toronto.

Le risque d’invalidation constitutionnelle nécessite une analyse qui reste à faire par la Ville. Donnez-nous 10 jours pour compléter et soumettre une analyse des risques juridiques à la Ville; cela permettrait aussi de donner des commentaires à la communauté et de partager le dossier TPS pour cet achat avant que l’argent ne soit dépensé. En ce qui concerne l’expansion de la surveillance publique à Toronto, les résidents de la ville méritent l’assurance que la décision d’installer des technologies envahissantes à la vie privée est solidement appuyée par des preuves qu’une telle expansion est nécessaire, proportionnée, constitutionnelle et efficace, que les technologies choisies sont les bons outils pour la tâche à accomplir, et qu’elles sont conçues et seront utilisées conformément à nos valeurs civiques et à nos protections constitutionnelles.

En fait, le droit de la vie privée exige une telle approche. Les caméras de surveillance vidéo recueillent des informations personnelles. Bien que la Loi municipale sur la liberté d’information et la protection de la vie privée (MFIPPA) permette la collecte d’informations personnelles à des fins d’application de la loi, les directives du Commissaire à l’information et à la vie privée de l’Ontario précisent qu’en général, une telle collecte de renseignements personnels doit être non seulement utile, mais « nécessaire ». En l’absence de données suggérant que les objectifs de sécurité publique liés à l’installation de technologies de surveillance seront atteints et ne peuvent pas être atteints par des moyens moins intrusifs, il est raisonnable de se demander si la collecte est vraiment « nécessaire ». Les meilleures pratiques en matière de vie privée pour la surveillance vidéo, tant du bureau fédéral du commissaire à la protection de la vie privée que du commissaire à l’information et à la vie privée de l’Ontario, précisent également que l’impact de la surveillance vidéo proposée sur la vie privée doit être évalué avant sa mise en place, et que la consultation publique doit précéder toute décision d’introduire la surveillance vidéo. Il n’est pas clair si la première a eu lieu dans ce cas, et certaine que la seconde n’a pas eu lieu.

Quant à ShotSpotter, il s’agit d’une technologie entièrement nouvelle qui, à notre connaissance, n’a pas été utilisée dans un contexte canadien. Elle n’a donc pas été testée en ce qui concerne ses impacts sur la vie privée, son utilisation potentielle comme outil à valeur probante dans nos tribunaux canadiens, ou la constitutionnalité de son utilisation en général. Il y a aussi une question profondément pratique qui reste à répondre : quel est exactement son but, et ce but sera-t-il atteint? La Ville a-t-elle des preuves fiables que la technologie ShotSpotter est efficace pour réduire la violence armée? Il ne s’agit pas d’histoires anecdotiques ou de bouche-à-oreille provenant du fournisseur ou d’autres personnes ayant intérêt à justifier un investissement dans le système, mais plutôt fondées sur des données et menées indépendamment des parties prenantes du système. Les seules données publiques que nous ayons vues, menées en 2016 par Forbes avec des statistiques provenant de sept villes américaines, suggèrent que 30 à 70% des alertes ont conduit à des interventions policières sans aucun résultat. Jouer à l’improviste, apparemment, peut avoir plus d’inconvénients que d’avantages, voire aucun.

Nous avons également plusieurs préoccupations spécifiques concernant les termes de la politique de confidentialité de ShotSpotter, ainsi que concernant d’éventuelles dispositions de bâillon qui pourraient être incluses dans les conditions d’utilisation, ce qui limiterait la capacité des Torontois à faire des demandes d’accès à l’information concernant l’efficacité de la technologie si elle est mise en place, ce à quoi nous serions heureux d’élaborer des détails.

Une surveillance accrue de nos rues change fondamentalement notre ville. Cela diminue la vie privée de chaque Torontois qui marche dans nos rues. Avant qu’on nous demande de renoncer à ce droit, il faut démontrer que la réponse de la ville et de la police est nécessaire et proportionnée, et que la décision a été prise en tenant pleinement compte des bénéfices potentiels et des risques substantiels. S’il vous plaît, donnez-nous le temps d’éclairer votre décision.

Cordialement,
Michael Bryant, Directrice
générale Brenda McPhail, Ph.D. Directrice, Projet sur la vie privée, la technologie et la surveillance

DANS LES NOUVELLES

NE PRENEZ PAS DE DÉCISIONS MAL INFORMÉES CONCERNANT LES ARMES À FEU BASÉES SUR LA PEUR, DIT
MICHAEL BRYANT. Il est inutile et malavisé d’immerger notre ville dans la technologie vidéo et audio, au point que nous soyons constamment sous surveillance policière, ce qui va à l’encontre de nos droits constitutionnels à la vie privée et à la liberté. »

UNE ORGANISATION DE DÉFENSE DES DROITS CIVIQUES EXHORTE L’HÔTEL DE VILLE À RETARDER L’ACHAT DE TECHNOLOGIES DE LOCALISATION DES COUPS DE FEU
Qualifiant cette technologie de « changement fondamental vers la surveillance étatique », l’Association canadienne des libertés civiles exhorte l’hôtel de ville à retarder l’achat d’équipement détectant les lieux des tirs grâce à un réseau de microphones placés publiquement. »

LA CCLA ET LES AVOCATS CRIMINELS SOULÈVENT DES SIGNAUX D’ALARME ALORS QUE TORONTO APPROUVE UNE SURVEILLANCE ACCRUE »
Bryant et la CCLA ont tiré la sonnette d’alarme face au plan de la Ville de Toronto visant à accroître la surveillance et à intégrer de nouvelles technologies audio, créées par ShotSpotter, destinées à détecter les tirs à l’aide de microphones placés dans les rues de la ville. »

TORONTO, SHOTSPOTTER, ET LA NORMALISATION DE LA SURVEILLANCE
» Une motion a été présentée pour éliminer ce financement, en réponse à l’opposition publique de groupes tels que l’Association canadienne des libertés civiles et une coalition d’activistes, universitaires et artistes de la communauté noire. »

TORONTO APPROUVE UNE TECHNOLOGIE DE SURVEILLANCE DÉTECTANT LES COUPS DE FEU QUELQUES JOURS APRÈS LA FUSILLADE DE MASSE »
Pour la CCLA, l’inclusion de la surveillance par microphone dans le plan de Toronto contre la violence armée ajoute une dimension orwellienne aux préoccupations existantes selon lesquelles les ressources policières seront déployées de manière disproportionnée dans les quartiers minoritaires. »

VIOLENCE ARMÉE À TORONTO : « UN PRODUIT DE CE QUE NOUS N’AVONS PAS BIEN FAIT »
L’Association canadienne des libertés civiles a également exprimé des inquiétudes concernant la technologie SharpShooter, qu’elle a qualifiée « de porter atteinte aux droits constitutionnels à la vie privée ».

QU’EST-CE QUE LA TECHNOLOGIE DE SUIVI DES TIRS SIGNIFIERAIT POUR LES LIBERTÉS CIVILES À TORONTO? »
Cela constitue clairement une surveillance accrue, et l’Association canadienne des libertés civiles exprime déjà des inquiétudes concernant l’utilisation de ShotSpotter dans ce pays, notant que si on constate qu’il a violé la loi canadienne ou les garanties de la Charte, les preuves produites pourraient être jugées irrecevables devant les tribunaux. »

LA CCLA VEUT QUE TORONTO SUSPENDE L’ACHAT DE TECHNOLOGIES
DE LOCALISATION PAR TIRMichael Bryant, directeur exécutif de l’Association canadienne des libertés civiles, s’est joint à The Exchange avec Matt Gurney pour parler de la technologie de localisation des tirs.

À propos de l’Association canadienne des libertés civiles

La CCLA est une organisation indépendante à but non lucratif avec des partisans de partout au pays. Fondée en 1964, la CCLA est une organisation nationale de défense des droits humains engagée à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.

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