OTTAWA — L’Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique, l’Association canadienne des libertés civiles et la Ligue des droits et libertés ont publié conjointement la déclaration suivante en réponse à l’utilisation prévue par l’Alberta de la clause dérogatoire pour adopter trois lois anti-trans :

Nous, les soussignés, représentons les principales organisations canadiennes de défense des libertés civiles à travers le pays — l’Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique, l’Association canadienne des libertés civiles et la Ligue des droits et libertés du Québec. Nous sommes unis dans notre profonde inquiétude face au plan annoncé par le gouvernement de l’Alberta d’invoquer la clause dérogatoire dans le but de protéger trois lois de l’examen judiciaire.

Nos organisations sont fondamentalement préoccupées par la lutte pour la responsabilité démocratique et la protection contre les abus gouvernementaux. L’utilisation proposée par l’Alberta de la clause dérogatoire sape les deux. Ces lois attaquent directement les droits des Albertains trans et de genre divers, y compris les jeunes. En essayant de les protéger du contrôle judiciaire, le gouvernement ferme délibérément les portes du palais de justice à certaines des personnes les plus vulnérables de notre société. Cela crée un précédent dangereux qui menace les droits de tous les Canadiens.

La Cour suprême du Canada a confirmé que les personnes trans et de genre divers font face à une vulnérabilité particulière à la discrimination. Refuser à ces individus l’accès aux tribunaux pour tester la constitutionnalité de lois qui les ciblent spécifiquement renforcerait la stigmatisation, perpétuerait l’inégalité et priverait la protection égale de la loi. Les préjudices ne sont pas spéculatifs. Ces lois menacent la sécurité, la dignité, la santé et le bien-être des personnes qui font déjà face à des obstacles systémiques dans tous les aspects de la vie publique.

Le plan de l’Alberta reflète une tendance nationale profondément préoccupante : la normalisation croissante de la clause dérogatoire pour éviter la reddition de comptes, priver les personnes marginalisées des protections de la Charte et contourner les obligations constitutionnelles qui sapent l’état de droit. Cette clause n’a jamais été destinée à être utilisée de façon routinière ou préventive. Il a été conçu comme une mesure extraordinaire, déployée uniquement dans les circonstances les plus rares. Son usage décontracté pour protéger les lois discriminatoires de toute surveillance corrode les fondements de notre démocratie constitutionnelle.

Nous constatons déjà les risques liés à la tendance croissante à utiliser la clause dérogatoire ailleurs au Canada. Au Québec, la clause a été utilisée à plusieurs reprises pour passer outre les droits fondamentaux des minorités religieuses et linguistiques — par le projet de loi 21 adopté en 2019 (interdisant à certains fonctionnaires de porter des symboles religieux), le projet de loi 96 adopté en 2022 (limitant l’accès aux services en anglais), et le projet de loi 94 introduit en 2025 (restreignant l’accès aux services publics pour les personnes portant un masque et élargissant l’interdiction de porter des symboles religieux à tout le personnel scolaire).

Dans d’autres provinces, comme l’Ontario et la Saskatchewan, les gouvernements ont tenté d’utiliser cette clause pour supprimer les droits des travailleurs, limiter l’expression politique et restreindre les droits des jeunes trans.

Bien que les Albertains trans et de genres divers subissent les impacts les plus immédiats et dévastateurs de ces lois, ce n’est pas seulement leur combat. Un gouvernement qui revendique le droit de mettre de côté la surveillance judiciaire pour certains groupes, revendique le droit de le faire pour n’importe quel groupe. La liberté d’expression, la liberté de religion, l’égalité devant la loi, le droit à la vie et à la liberté sont des droits protégés constitutionnellement et des piliers de la démocratie canadienne. Elles n’ont jamais été destinées à être optionnelles, ni à être appliquées de façon sélective lorsque cela lui convenait politiquement. Si ces droits et libertés peuvent être suspendus à volonté, les libertés de personne ne sont assurées.

Nous demandons au premier ministre et au gouvernement de l’Alberta de :

1. Abroger la Loi modifiant les statuts de santé de 2024, la Loi modifiant l’éducation de 2024, ainsi que la Loi sur l’équité et la sécurité dansle sport;
2. S’abstenir d’invoquer la clause dérogatoire pour tenter de protéger ces lois de l’examen judiciaire;
3. Respecter la Charte des droits et libertés et permettre aux tribunaux de remplir leur rôle constitutionnel, comme l’exige une société libre et démocratique.

Le respect des droits humains et des libertés civiles n’est pas une valeur partisane. C’est la pierre angulaire de la démocratie canadienne. Nous nous unissons pour exiger que le gouvernement de l’Alberta respecte, et non érode, ces valeurs.

Signé,

Association
des libertés civiles de la Colombie-Britannique Association
canadienne des libertés civiles Ligue des droits et libertés

À propos de l’Association canadienne des libertés civiles

La CCLA est une organisation indépendante à but non lucratif avec des partisans de partout au pays. Fondée en 1964, la CCLA est une organisation nationale de défense des droits humains engagée à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.

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