27 mai 2020

Lorsque le premier ministre de l’Ontario a été interrogé la semaine dernière lors d’une téléconférence pour savoir si les commerçants pouvaient refuser le service aux clients sans masque, il a été catégorique : « Toute entreprise a le droit de refuser n’importe qui. C’est leur affaire. »

Mais que c’était si simple. Bienqu’il annonce régulièrement de nouvelles lois sur la gestion des urgences ces jours-ci, lorsqu’il a suggéré que les magasins peuvent refuser le service aux personnes sans masque, il n’était pas clair si une nouvelle loi avait été promulguée.

Ce n’était pas le cas. Et la loi en question est plus compliquée qu’il ne l’a suggéré. Cela ne veut pas dire : ne portez pas de masques. C’est juste pour dire que la loi ne vous oblige pas nécessairement à porter un masque, même si elle n’exige pas non plus que les marchands vous servent, quoi qu’il arrive.

Concrètement, il y a des raisons commerciales et légales pour lesquelles les entreprises laissent les acheteurs faire leurs propres choix, tout comme il y a des raisons pratiques, sociales et de santé publique pour que les consommateurs portent simplement un masque s’ils le demandent. Ni les rapports publiés ni ceux adressés à notre organisation ne nous ont alertés d’un traitement injuste de la part des commerçants concernant les masques.

Pour une politique « pas de masque, pas de service », il y a des libertés de commerce, d’égalité, de liberté et le fait que la loi provinciale accorde un privilège spécial à certaines entreprises pour vendre au public pendant COVID19, tandis que d’autres sont fermées. La sécurité alimentaire est moindre qu’avant la COVID, plaçant les épiciers et les restaurants à emporter dans une position privilégiée, tant sur le plan légal que commercial — particulièrement dans les régions rurales et éloignées du Canada.

Le fait que la loi n’oblige pas le port du masque en public signifie que nous avons légalement la liberté de choisir ou non le porter. La doctrine de la liberté de commerce selon laquelle les entreprises privées sont libres de traiter avec le public comme elles le souhaitent appartient à une économie plus ancienne, qui permettait en fait des pratiques discriminatoires, comme dans Christie c. The York, une affaire de la Cour suprême du Canada en 1939, où une taverne a refusé de servir à un Jamaïcain-Canadien. Cette liberté en droit privé défendue par cette Cour est aujourd’hui limitée par des droits concurrents à l’égalité, par exemple, en vertu du Code des droits de la personne, et par les règlements de santé et sécurité. Un épicier peut sans doute invoquer des règlements de santé et sécurité pour exiger le port du masque, sous réserve du risque que cette politique générale viole le Code des droits de la personne, parce que le client est asthmatique, a un handicap ou a de bonnes raisons de croire que l’exclusion est discriminatoire.

Pris ensemble, tout cela signifie que les commerçants devraient faire preuve de prudence quant à la flexibilisation de leurs libertés commerciales pendant la COVID parce qu’une plainte du Code des droits de la personne pourrait s’ensuivre. Et les clients devraient faire preuve de prudence s’ils doivent porter un masque, car ils pourraient se voir refuser le service. L’état de droit suggère que les Premiers ministres évitent de faire des déclarations lors des téléconférences qui semblent avoir une autorité légale. Les clients ont des droits, les magasins en ont des responsabilités. Idéalement, on règle ça.

Par Michael Bryant, directeur exécutif de l’Association canadienne des libertés civiles et 35e procureur général de l’Ontario.

À propos de l’Association canadienne des libertés civiles

La CCLA est une organisation indépendante à but non lucratif avec des partisans de partout au pays. Fondée en 1964, la CCLA est une organisation nationale de défense des droits humains engagée à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.

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