Au quatrième et dernier jour d’audiences à la Cour suprême du Canada, qui déterminera la constitutionnalité du projet de loi 21 et l’usage approprié de la clause dérogatoire, les vingt-sept autres intervenants ont présenté leurs arguments. Dans les trente dernières minutes, les appelants ont présenté leur réponse. Ensemble, ces observations abordaient l’ensemble des questions juridiques devant la Cour, tout en soulignant les conséquences concrètes du projet de loi 21, en particulier pour les communautés marginalisées, y compris les femmes musulmanes, ainsi que les risques liés à l’utilisation sans retenue de la clause dérogatoire.

Comme la veille, de nombreux intervenants ont soutenu que l’article 33 de la Charte n’empêche pas les tribunaux d’émettre des mesures déclaratoires lorsque les gouvernements invoquent la clause dérogatoire. Ils ont souligné qu’un tel soulagement est essentiel pour maintenir la responsabilité législative. Plusieurs intervenants ont également souligné l’importance pratique de la surveillance judiciaire. Le Congrès du travail canadien a souligné qu’il est irréaliste d’attendre des groupes marginalisés qu’ils mobilisent les ressources nécessaires pour influencer les élus et a souligné que les tribunaux demeurent un forum essentiel et accessible pour défendre les droits. De même, le Conseil canadien des femmes musulmanes a soutenu que le recours déclaratoire peut aider à affirmer et légitimer les expériences vécues des personnes victimes de discrimination.

D’autres interventions ont porté sur les limites appropriées de la clause dérogatoire. Allan Rock, représentant le Samara Centre for Democracy, a averti que l’utilisation préventive de l’article 33 sape l’attente que les législatures s’efforceront d’adopter des lois conformes à la Constitution. Eric Freeman, au nom d’Egale Canada, a en outre soutenu que les tribunaux devraient conserver la capacité de procéder à un examen substantiel de l’invocation de l’article 33 par un gouvernement, y compris pour évaluer si la loi sous-jacente poursuit un objectif pressant et substantiel.

Les intervenants ont également attiré l’attention de la Cour sur les préjudices concrets causés par le projet de loi 21, en particulier aux femmes musulmanes. La clinique commémorative Barbara Schlifer et d’autres ont souligné comment les avocats portant un hijab ou un niqab ont vu leurs opportunités professionnelles réduites, notamment une capacité réduite à représenter ses clients, en raison directe de la loi. Sujit Choudhry a exhorté la Cour à appliquer une analyse intersectionnelle, soutenant que le projet de loi 21 viole l’article 15 en raison de la discrimination combinée que subissent les femmes musulmanes racialisées à l’intersection de la race, de la religion et du genre, et que cette perspective doit éclairer l’analyse de l’égalité de la Cour et les recours de la Charte.

L’audience s’est conclue par les réponses des six appelants. Perri Ravon, avocate du conseil scolaire anglais de Montréal, a rappelé à la Cour que le dossier du procès établissait clairement que les femmes musulmanes sont lésées de manière disproportionnée par le projet de loi 21, et que la présence de symboles religieux dans les écoles n’affecte pas négativement les élèves. Olga Redko, avocate pro bono pour la CCLA, le NCCM, et Mme Hak, ont soutenu qu’il existe des motifs impérieux pour que la Cour accorde un recours en vertu de l’article 52 de la Constitution qui aurait un impact tangible sur les personnes touchées par la loi. En fin de compte, l’octroi d’un tel recours peut dépendre d’une question fondamentale : s’il subsiste une place significative pour les libertés civiles au Canada, ou si les législatures peuvent les mettre de côté par un vote majoritaire simple.

Cette affaire aura des répercussions profondes pour les droits et libertés à travers le Canada. Beaucoup de personnes ont vu leur vie et leurs moyens de subsistance bouleversés par le projet de loi 21, et une large coalition d’avocats, d’organisations de la société civile et de membres de la communauté a travaillé sans relâche pour faire avancer ce défi. Leurs efforts reflètent un engagement fort à faire en sorte que la Charte demeure un instrument vivant et significatif pour tous.

La Cour a réservé sa décision.

Nous sommes profondément reconnaissants pour l’excellente représentation pro bono de David Grossman, Olga Redko et Marie-Hélène Lyonnais d’IMK dans ce cas.

Écrit par Henrique Oliveira

À propos de l’Association canadienne des libertés civiles

La CCLA est une organisation indépendante à but non lucratif avec des partisans de partout au pays. Fondée en 1964, la CCLA est une organisation nationale de défense des droits humains engagée à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.

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