Cet article fait partie d’une série d’entrevues avec des défenseurs, des penseurs juridiques, des organisateurs communautaires et des universitaires sur des enjeux liés aux libertés civiles canadiennes, produites par des bénévoles de la CCLA. Toutes les réponses sont celles du sujet interrogé et ne représentent pas nécessairement le point de vue ou les positions de la CCLA.

Chef Malkowski est vice-présidente à la Société canadienne de l’audition. La société est une organisation non gouvernementale qui offre des produits, des services et de l’information conçus pour améliorer l’accès à la communication et promouvoir l’équité pour les personnes culturellement sourdes, sourdes et malentendantes.

CCLA : Quels droits d’accessibilité la loi accorde-t-elle?

GM : Il y a plusieurs niveaux de droits accordés aux personnes sourdes : législation internationale, fédérale et provinciale.

Pour le droit international, nous nous tournons vers la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées. Ce traité a été signé et ratifié au Canada et le protocole facultatif devrait être signé et ratifié prochainement.

Au niveau fédéral, nous avons la Loi canadienne sur les droits de la personne, qui inclut l’obligation d’accommoder les personnes handicapées et de fournir des services de traduction pour les personnes sourdes et malentendantes. La Loi couvre tous les registres des programmes fédéraux qui offrent des services, tous permettent aux personnes sourdes et malentendantes d’obtenir des services dans l’emploi, le logement et les associations professionnelles ou professionnelles. De plus, le gouvernement rédige la législation fédérale sur l’accessibilité qui sera bientôt présentée à la Chambre des communes.

Nous avons aussi la Charte des droits et libertés qui prime sur toute législation. L’article 14 de la Charte inclut le droit aux interprètes dans les procédures pénales et judiciaires, et l’article 15.1 garantit le droit à un avantage égal et à une protection égale devant la loi. Deux décisions importantes de la Cour suprême, Eldridge et les Associations canadiennes pour les sourds, exigent que tous les niveaux de gouvernement acceptent toute demande pour une personne sourde ou malentendante si elle a besoin d’un interprète.

Au niveau provincial, en Ontario, nous avons le Code des droits de la personne de l’Ontario et la Loi sur les personnes handicapées de l’Ontario.

Les dispositions du Code des droits de la personne couvrent tous les employeurs provinciaux, les organisations professionnelles, les associations professionnelles, les adhésions et les établissements gérés par la province. Cette législation confère le devoir d’accommoder et de fournir des interprètes.

La Loi sur les personnes handicapées de l’Ontario couvre les organisations de plus de 10 000 personnes, y compris les employés et les bénévoles. Les municipalités, par exemple, sont tenues d’avoir des comités consultatifs sur l’accessibilité municipale. La Loi exige que toutes ces organisations élaborent un plan annuel d’accessibilité, et qu’elles offrent une formation sur l’hébergement et l’accessibilité. Elle exige aussi que les organisations aient des politiques internes d’accessibilité et d’anti-validisme.

 

CCLA : Quelles mesures les organisations sont-elles tenues de prendre pour accommoder les personnes sourdes et malentendantes?

MJ : En Ontario, nous avons la Loi sur les personnes handicapées de l’Ontario et le Code des droits de la personne de l’Ontario. Les deux exigent que les organisations développent une politique d’accessibilité ou d’accommodement. Pour toute personne qui vient à nos bureaux pour recevoir des services, par exemple, nous avons l’obligation légale d’accommoder et de fournir un interprète sur demande. Si la personne sourde ou dure envoie un courriel et demande un interprète, il incombe à l’entreprise ou à l’agence d’en fournir un.

 

CCLA : Ces accommodements ont-ils été respectés par les employeurs et les organisations?

MJ : Ça dépend. Les services gouvernementaux fourniront absolument un interprète. Notre expérience est que les gouvernements fédéral et provincial fournissent toujours un interprète sur demande. Quand on regarde les institutions financières ou les fournisseurs de télécommunications comme Bell Canada ou Rogers, ils fournissent essentiellement un interprète sur demande.

Je pense que le problème vient des petites entreprises. Beaucoup estiment ne pas pouvoir se permettre financièrement de fournir un interprète. Si cela se produit, les personnes sourdes peuvent alors contacter la Commission des droits de la personne de l’Ontario pour explorer le devoir de l’entreprise d’accommoder. Cependant, certaines petites entreprises sont plus que disposées à s’accommoder et d’autres ne sont tout simplement pas conscientes de leur devoir. Malheureusement, la réponse est diversifiée lorsqu’on demande des traducteurs.

La réalité, c’est qu’il y a peu d’interprètes disponibles pour les entreprises. Cela devient vraiment un problème d’offre et de demande, où le nombre de requêtes ne peut pas être comblé parce qu’il n’y a tout simplement pas assez d’interprètes.

Au Canada, nous avons environ 180 interprètes pour 14 000 utilisateurs de la langue des signes américaine (ASL) culturellement sourds; Ces quelques interprètes ne peuvent pas répondre aux besoins de la communauté sourde.

 

CCLA : Comment les personnes sourdes ou malentendantes peuvent-elles accéder à ces interprètes?

GM : Si les personnes sourdes ont besoin d’interprètes, elles peuvent contacter la Société auditive canadienne ou d’autres services d’interprètes. Ils devraient ensuite contacter l’organisation ou l’entreprise pour laquelle ils ont besoin de l’interprète, et les organisations peuvent recevoir les informations de facturation pour prendre des arrangements.

 

CCLA : Quelles initiatives éducatives sont en place pour enseigner la langue des signes et les interprètes en langue des signes?

GM : Le ministère de l’Éducation offre des cours de langue sur l’ASL et reconnaît l’ASL comme langue internationale. Ici, à la Société canadienne de l’audition, nous offrons des cours d’ASL à toute personne de la communauté souhaitant apprendre la langue et obtenir un crédit de langue internationale.

À travers le Canada, il existe six programmes de formation d’interprètes : George Brown College en Ontario, Douglas College en Colombie-Britannique; l’Université du Manitoba et le Collège Red River; Collège communautaire de la Nouvelle-Écosse; et le Lakeland College en Alberta. De plus, le Collège George Brown de l’Ontario offre une formation d’interprète pour sourds, en plus de leur programme d’ASL.

Ces programmes acceptent habituellement entre 35 et 40 étudiants la première année, mais dès la deuxième année, le nombre diminue à environ 25. Ils graduent probablement en moyenne environ 10 à 15 étudiants. Encore moins d’étudiants atteignent les normes requises pour devenir interprètes certifiés à l’échelle nationale. Ceux qui ne réussissent pas peuvent entrer dans un programme de stage comme celui que nous avons ici au CHS pour développer les compétences et la capacité nécessaires pour réussir le test de certification. Même si le nombre d’interprètes qualifiés augmente, ce n’est toujours pas suffisant.

 

Pouvez-vous décrire la différence entre les interprètes sourds et les interprètes ASL?

Un interprète ASL-anglais est une personne entendante qui traduit simultanément entre deux langues : ASL et anglais. Un interprète sourd, quant à lui, est une personne sourde qui est un utilisateur natif de la langue des signes et peut interpréter des personnes sourdes aux interprètes ASL-anglais. Les interprètes sourds travaillent avec des personnes dont la langue des signes est difficile à comprendre pour un interprète entendant, incluant les personnes sourdes qui sont nouvelles au Canada, les enfants sourds et ceux qui sont physiquement malades. Les interprètes sourds possèdent une nuance particulière de la langue des signes qu’une personne entendante n’aurait pas et intègrent souvent plusieurs stratégies différentes pour convertir la traduction d’un interprète ASL en un langage plus simple pour la personne sourde.

Le nombre d’interprètes sourds au Canada est extrêmement faible, bien qu’ils soient très demandés. Sur notre liste, nous avons environ 20 interprètes sourds. À travers le Canada, il y en a peut-être 40. Elles sont extrêmement nécessaires pour que certaines personnes sourdes aient une communication de base.

 

CCLA : Pouvez-vous parler de l’impact que les décisions judiciaires ont eu sur l’accessibilité au Canada?

GM : Dans l’affaire Eldridge c. Colombie-Britannique, un hôpital de la Colombie-Britannique a refusé de fournir un interprète. On s’attendait à ce que les gens apportent leurs propres interprètes, un peu comme les interprètes en langue parlée. Une femme sourde, enceinte de jumeaux, et une autre femme diabétique ont essayé de communiquer avec les médecins au sujet de leurs conditions et ont prescrit des médicaments. Pour ces deux femmes, l’hôpital a refusé de couvrir les frais des interprètes et de les fournir.

La Cour suprême du Canada a statué que le gouvernement de la Colombie-Britannique avait le devoir d’accommoder et de fournir des interprètes, ce qui signifiait que le gouvernement de la C.-B. devait ensuite fournir des fonds pour les interprètes des personnes sourdes. Cette décision s’appliquait à tous les niveaux de gouvernement et même aux entreprises privées qui reçoivent un financement gouvernemental.

Bien que la décision Eldridge ait été prise en 1997, le gouvernement fédéral exigeait toujours que les personnes sourdes fournissent leur propre interprète. Ils ont soutenu que la décision ne s’appliquait qu’aux programmes provinciaux. Par exemple, le gouvernement m’avait invité à suivre une formation de carrière, mais m’avait dit que je devais apporter mon propre interprète.

Dans la décision des Associations canadiennes pour les sourds c. La Reine en 2006, la Cour fédérale du Canada a réaffirmé la décision dans Eldridge et a déclaré que tous les programmes et services fédéraux avaient le devoir d’accommoder, d’avoir des politiques d’accessibilité en place et de fournir un interprète sur demande.

 

Informations complémentaires :

Communiqué de presse de la Société canadienne de l’audition sur les qualifications et normes pour les interprètes professionnels en langue des signes

  • Fédération mondiale des sourds et déclaration de point de vue de l’interprète international en langue des signes sur le système d’accréditation en langue des signes
  • Document de position de l’Association canadienne des sourds sur l’interprétation en langue des signes
  • Société culturelle canadienne des sourds, Association canadienne des sourds et Association des interprètes de langage visuel du Canada Déclaration conjointe sur les langues des signes et les interprètes professionnels
  • Fédération mondiale des sourds – Système international d’accréditation des interprètes en langue des signes de l’Association mondiale des interprètes en langue des signes
  • Projet de recherche de l’Association canadienne des sourds sur les personnes sourdes dans le système judiciaire
  • Le vidéoblogue de Gary Malkowski, sur la question de l’embauche d’interprètes non qualifiés au Canada

À propos de l’Association canadienne des libertés civiles

La CCLA est une organisation indépendante à but non lucratif avec des partisans de partout au pays. Fondée en 1964, la CCLA est une organisation nationale de défense des droits humains engagée à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.

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