Nous renouvelons nos appels à la création d’une commission de surveillance indépendante dirigée par des civils afin d’assurer une surveillance en temps réel pour l’ASFC.

L’honorable Bill Blair, P.C., M.P.
Ministre de la Sécurité publique et de la Préparation aux situations d’urgence
269, avenue Laurier Ouest
Ottawa, Canada K1A 0P8

L’honorable Marco Mendicino, P.C., M.P.
Ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté
365 avenue Laurier Ouest
Ottawa, Ontario K1A 1L1

26 novembre 2020

 

Cher ministre Blair, ministre Mendicino,

Nous écrivons pour renouveler nos appels à la création d’une commission de surveillance indépendante, dirigée par des civils, avec pour mandat d’assurer une surveillance en temps réel à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC). L’ASFC demeure la seule grande agence d’application de la loi au Canada sans organisme de surveillance externe. Pendant des années, votre gouvernement a exprimé son appui à la création d’un mécanisme de reddition de comptes, et a même présenté deux fois des projets de loi pour créer un organe d’examen de l’ASFC. Le besoin d’un organisme de surveillance est attendu depuis longtemps et urgent.

Cette urgence a été mise en lumière la semaine dernière par le cas d’Ebrahim Touré. M. Touré a été détenu pour la première fois de février 2013 à septembre 2018, dont la grande majorité a été passée en détention d’immigration dans une prison à haute sécurité. Il a été transféré dans un centre de détention pour l’immigration en octobre 2017 après que la Cour supérieure de justice de l’Ontario a conclu que son traitement constituait un traitement cruel et inhabituel, contraire à l’article 12 de la Charte. M. Touré a été de nouveau détenu ce mois-ci, et sa plus récente audience d’examen de détention a mis en lumière de graves inconduites de la part de l’ASFC dans le traitement de son dossier.

Lors de son témoignage à l’audience, l’agent de l’ASFC a détaillé comment il a cherché à obtenir un document de voyage pour M. Touré alors qu’il était en Gambie à d’autres fins, mais n’a pas pris de notes de ses rencontres; a reçu un passeport livré dans une enveloppe sans correspondance officielle; a utilisé son courriel personnel et son application WhatsApp personnelle pour communiquer avec des responsables du gouvernement gambien et un informateur confidentiel; et s’appuyait sur des informations provenant de l’informateur confidentiel malgré l’ignorance de la politique de l’ASFC concernant leur utilisation. Ce témoignage, combiné à des irrégularités faciales sur les documents prétendument en Gambie obtenus par l’ASFC, a conduit la Division de l’immigration à conclure que les preuves de l’agent ne répondaient pas à la norme de crédibilité et de fiabilité exigée par l’article 173(d) de la Loi sur la protection de l’immigration et des réfugiés.

La Division de l’immigration n’a pas la compétence pour traiter la faute grave de l’agent de l’ASFC dans cette affaire. Cela souligne la nécessité d’un mécanisme efficace de reddition de comptes.

La prorogation du Parlement cet été a mis fin à la plus récente tentative législative de créer un organe d’examen de l’ASFC. Nous constatons avec grande inquiétude que la législation n’est pas de retour à l’ordre du jour parlementaire, malgré des promesses répétées d’un mécanisme de reddition de comptes et la conduite flagrante continue et sans contrôle de l’ASFC. Cela inclut les commissions et omissions menant à la mort des détenus d’immigration et à la maltraitance des personnes pendant leur détention, la détention inutile et les conditions de détention. Les changements apportés à la politique et à la pratique de la détention des immigrants doivent être accompagnés d’une surveillance rigoureuse, indépendante et externe de l’ASFC, de préférence dans un projet de loi renouvelé qui corrige les lacunes du projet de loi C-3 de la session dernière. Le gouvernement doit s’assurer que le mécanisme de reddition de comptes de l’ASFC est adéquatement financé et efficace, afin d’éviter de reproduire les types de lacunes, de problèmes de capacité et de retards évidents dans d’autres organismes fédéraux d’application de la loi. L’introduction d’un organisme de surveillance n’est qu’un des nombreux changements nécessaires pour s’assurer que les gens soient traités équitablement par l’ASFC.

L’affaire de M. Touré rappelle qu’un mécanisme indépendant de reddition de comptes pour l’ASFC ne peut pas attendre. Nous appelons votre gouvernement à réintroduire une législation pour créer un tel mécanisme, et à prioriser son examen par comité dans les mois à venir.

De plus, nous demandons qu’une enquête indépendante, approfondie et transparente soit menée sur les actions de l’ASFC dans l’affaire de M. Touré, et que M. Touré ne soit pas destitué pendant que cette enquête est en cours.

Nous serions reconnaissants d’avoir l’occasion de vous rencontrer dès que possible pour discuter de ces enjeux.

Cordialement,

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