Lors de la troisième journée d’audiences dans le cadre de la contestation du projet de loi 21 du Québec devant la Cour suprême du Canada, les intervenants ont présenté des interprétations concurrentes de l’usage approprié de la clause dérogatoire et de sa relation avec la constitutionnalité du projet de loi 21. Bien qu’il y ait eu une division parmi les procureurs généraux quant à la portée de la surveillance judiciaire, la majorité des intervenants de la société civile ont exhorté la Cour à confirmer que les gouvernements ne peuvent pas utiliser la clause dérogatoire pour protéger complètement les lois d’un contrôle judiciaire significatif.

Les procureurs généraux de six gouvernements ont été les premiers à présenter leurs arguments aujourd’hui. À une extrémité du spectre, l’Alberta, l’Ontario et la Saskatchewan ont soutenu que permettre aux tribunaux de revoir l’utilisation par un gouvernement de la clause dérogatoire — ou des lois qu’elle protège de l’examen de la Charte — minerait la suprématie parlementaire et le compromis constitutionnel qui a mené à l’adoption de la Charte. Le Manitoba et la Colombie-Britannique ont adopté une position un peu plus modérée, reconnaissant que les tribunaux peuvent conserver l’autorité de réviser les lois protégées par la clause dérogatoire et d’émettre des mesures déclaratoires limitées. Le procureur général du Canada est allé plus loin, soutenant que la clause dérogatoire est destinée à être temporaire et ne peut être utilisée de manière irréparable à porter préjudice aux droits de la Charte. Ainsi, les tribunaux doivent conserver leur compétence pour déterminer si l’utilisation de cette clause par un gouvernement constitue effectivement un amendement inconstitutionnel.

Dix-sept autres intervenants ont également présenté des soumissions. La plupart ont contesté la constitutionnalité du projet de loi 21, arguant que le Québec n’a pas compétence pour imposer un modèle particulier de laïcité, que l’article 28 de la Charte prévoit une garantie substantielle d’égalité des genres, et que le projet de loi 21 est incompatible avec les obligations canadiennes en matière de droits humains internationaux. Plusieurs intervenants ont également soutenu que l’objectif et la formulation de l’article 33 n’empêchent pas le contrôle judiciaire des lois adoptées en vertu de la clause dérogatoire et ne font pas la saisie de l’émission d’une mesure déclaratoire comme recours significatif.

La journée s’est terminée par un rappel puissant de ce qui est en jeu. Mannu Chowdhury, représentant les South Asian Bar Associations et al, a mis en garde contre le recours à des stéréotypes et des généralisations dans les litiges constitutionnels, soulignant que les tribunaux doivent fonder leurs décisions sur des preuves et des principes constitutionnels — et non sur des hypothèses nuisibles concernant les communautés les plus touchées par la loi, comme les femmes musulmanes qui choisissent de porter des couvertures religieuses.

Écrit par Henrique Oliveira

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