Partout au pays, les Canadiens qui n’ont jamais été reconnus coupables d’un crime ne peuvent pas trouver un emploi, accéder à l’enseignement supérieur ou faire du bénévolat à cause de leur casier judiciaire. Certains d’entre eux ont vécu une crise de santé mentale et ont reçu de l’aide de la police. D’autres ont vu leur nom mentionné au cours d’une enquête policière sans jamais être interrogés ni inculpés. D’autres ont encore été inculpés, mais au cours du processus judiciaire, ont été déclarés non coupables ou ont vu toutes les accusations retirées. Des années plus tard, cependant, des annotations apparaissaient encore sur leurs vérifications de casier judiciaire, créant d’énormes obstacles et, dans bien des cas, insurmontables, au logement, au travail, au bénévolat et à l’éducation.
Depuis le 1er novembre, la législation provinciale en Ontario traite de cette question, rendant la province un peu plus juste – et aussi plus sécuritaire.
La Loi sur la réforme des vérifications des dossiers policiers de l’Ontario est entrée en vigueur le mois dernier, standardisant la plupart des vérifications des dossiers policiers en Ontario, notamment en réglementant le type d’informations que les services policiers publient sur ces vérifications. Fruit d’années de collaboration entre la direction policière, le secteur sans but lucratif et les organisations des libertés civiles, de la justice et de la santé mentale, elle bénéficie d’un large soutien, incluant un vote unanime de tous les partis lors de la troisième lecture à l’Assemblée législative de l’Ontario.
La législation ontarienne signifie que les personnes qui sont « certifiées » par la police, traitées en vertu de la Loi sur la santé mentale ou interrogées en lien avec une allégation mais jamais accusées d’un crime ne verront pas ces interactions divulguées lors d’une vérification du casier judiciaire de l’Ontario. Et elle mettra en place une présomption selon laquelle ceux qui ont été accusés d’un crime mais n’ont jamais été reconnus coupables ne verront cette information divulguée que dans des circonstances exceptionnelles.
La législation n’est pas parfaite. Il y a trop d’exemptions illogiques, et certaines bizarreries juridiques, comme le traitement réservé à ceux qui ne sont pas jugés criminellement responsables. Mais c’est une nette amélioration par rapport au statu quo, cela fait de l’Ontario un leader national sur cette question et rendra la province plus juste où vivre pour des milliers de résidents. Les autres juridictions devraient en prendre note et faire de même.
Donc, la partie équité est assez claire. Mais comment cette législation nous rend-elle aussi plus sécuritaires?
D’abord, débarrassons-nous de l’idée que les vérifications des casiers judiciaires sont un outil utile pour aider à prédire le comportement futur d’une personne. Nous avons cherché partout des preuves d’un lien entre les dossiers de non-condamnation et la probabilité qu’une personne commette un crime à l’avenir. Il n’y en a pas. Même lorsqu’une personne a été à la fois accusée et reconnue coupable d’un crime, les études ne montrent aucun lien entre son casier judiciaire et sa performance au travail.
Les preuves suggèrent que, pendant quelques années après qu’une personne ait été reconnue coupable d’un crime, il y a une probabilité accrue qu’elle ait d’autres contacts avec le système de justice pénale. Mais il n’y a aucun lien entre le type d’infraction commise dans le passé et la nature du contact futur possible. Une condamnation antérieure pour voies de fait peut être suivie d’une violation du couvre-feu, d’un vol ou d’un crime violent. Ce n’est tout simplement pas quelque chose qu’on peut prédire à partir du dossier d’une personne. C’est aussi vrai pour ceux qui ont été reconnus coupables d’infractions sexuelles. Un dossier seul ne prédit pas le comportement futur. La vie n’est pas si simple.
Offrir à une personne ayant déjà été impliquée dans le système de justice pénale un emploi stable est l’une des choses les plus importantes que vous puissiez faire pour réduire la récidive. Exclure injustement les gens de l’emploi stable, du logement, de l’enseignement supérieur ou d’un travail communautaire significatif rend les communautés moins égales et moins sécuritaires.
Empêcher la divulgation de dossiers de non-condamnation signifie simplement que les employeurs, les agences bénévoles et d’autres ne pourront pas se fier à des informations non pertinentes pour se convaincre que leurs clients vulnérables sont « plus en sécurité » parce qu’ils ont éliminé les « mauvaises » personnes.
Il y a beaucoup de choses que les organisations peuvent et devraient faire pour assurer la sécurité des gens. Formez correctement les employés et les bénévoles. Mettez en place une supervision appropriée et continue. Faites des « vérifications » régulières et indépendantes avec les clients. Auditez les fichiers. Avoir des politiques claires et efficaces pour les lanceurs d’alerte et les plaintes.
Et oui, lorsqu’on embauche quelqu’un pour un poste de confiance ou d’autorité particulière, il peut être raisonnable de faire une offre conditionnelle à la vérification du casier judiciaire. Mais sachez que l’information que vous obtenez sur ce bout de papier ne vous dira pas grand-chose sur la dignité de confiance ou non de cette personne.
Et ne vous inquiétez pas, du moins en Ontario, la vérification des dossiers ne vous dira pas ce moment où la personne a été transportée à l’hôpital, ni ces anciennes accusations qui n’ont jamais abouti – cette information n’a jamais été très utile au départ.
À propos de l’Association canadienne des libertés civiles
La CCLA est une organisation indépendante à but non lucratif avec des partisans de partout au pays. Fondée en 1964, la CCLA est une organisation nationale de défense des droits humains engagée à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.
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