Ce qui suit est une réimpression d’une tribune du Toronto Star par Adriel Weaver (Goldblatt Partners LLP) au nom de l’Association canadienne des libertés civiles. Adriel a été avocat de la CCLA dans l’affaire Khadr de la Cour suprême en 2010. Un lien vers l’éditorial dans le Star est disponible ici.

L’annonce récente du gouvernement canadien qu’il présenterait des excuses et une compensation à Omar Khadr a suscité une controverse considérable. Une grande partie des discussions et débats s’est concentrée sur la question de ce que Khadr a fait ou n’a pas fait. Mais bien qu’il soit facile de se laisser entraîner dans des débats sur les propres actions de M. Khadr, qui ne seront peut-être jamais entièrement résolues, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre de vue la question au cœur du règlement : ce que les responsables canadiens ont fait – et omis de faire.

Là, les faits sont clairs.

À plusieurs reprises en 2003 et 2004, des responsables canadiens ont interrogé M. Khadr à Guantanamo Bay. À une occasion, ils l’ont fait en sachant que M. Khadr avait été soumis au « programme des voyageurs fréquents » – trois semaines de privation de sommeil programmée destinées à rendre les détenus plus dociles et à briser leur résistance à l’interrogatoire. Ils ont ensuite partagé les fruits de ces interrogatoires avec les procureurs américains.

Il ne fait aucun doute qu’au moment où ces interrogatoires ont été menés, le régime régissant la détention et les poursuites de M. Khadr était illégal selon le droit américain et international. Il ne fait pas non plus de doute qu’en participant à ce régime, les responsables canadiens ont violé les obligations internationales du Canada en matière de droits de la personne et les droits de la Charte de M. Khadr.

Ce sont les faits établis par la Cour suprême du Canada il y a plus de sept ans. Pourtant, même face à cela le gouvernement du Canada a refusé de demander le rapatriement de M. Khadr et s’est plutôt opposé à son retour. Et même si nous aimons penser au Canada comme un défenseur des droits humains, il convient de noter que toutes les autres démocraties occidentales ont non seulement cherché, mais aussi assuré le retour de ses citoyens détenus à Guantanamo Bay dans leurs propres pays. Le Canada seul n’a pas réussi à le faire.

C’est une vérité juridique qu’un droit sans recours n’est pas un droit du tout. La CCLA accueille favorablement le règlement comme une étape nécessaire si le Canada souhaite maintenir qu’il valorise, respecte et respecte ses propres lois. Le règlement indemnise non seulement M. Khadr pour les abus profonds et les violations des droits qu’il a subis, mais affirme aussi l’obligation du Canada de défendre et de promouvoir les droits de la personne, et de prendre des mesures significatives pour admettre et réparer les torts du passé.

Comme beaucoup l’ont souligné, M. Khadr n’est pas la seule personne à avoir subi de graves violations des droits de la personne dont le gouvernement canadien a été au minimum complice. C’est d’autant plus une raison d’embrasser le règlement. Les excuses et l’indemnisation accordées à M. Khadr sont les suivantes un signe porteur d’espoir de la volonté croissante du gouvernement de reconnaître et de réparer les injustices historiques qu’il a causées et auxquelles il a contribué.

Ces efforts doivent se poursuivre.

Pour plus d’informations sur la position de la CCLA concernant l’affaire d’Omar Khadr, consultez les documents suivants :

Omar Khadr, Canadien, plaide coupable à des crimes de guerre présumés commis durant son enfance
Le procès militaire Khadr débutera aux États-Unis
La Cour suprême du Canada statue sur Khadr : Il existe une violation des droits de la Charte, mais le gouvernement doit déterminer le recours
Omar Khadr sera jugé par des commissions militaires américaines
La CCLA interviendra devant la Cour suprême du Canada concernant la détention d’Omar Khadr à Guantanamo Bay
La CCLA intervient dans l’affaire Omar Khadr devant la Cour
suprême
Factum CCLA : https://dev.ccla.org/cclanewsite/wp-content/uploads/2015/05/SCC33289-CCLA-Intervener-factum.pdf
soumissions CCLA : http://www.scc-csc.ca/WebDocuments-DocumentsWeb/36081/FM040_Intervener_Canadian-Civil-Liberties-Association.pdf

À propos de l’Association canadienne des libertés civiles

La CCLA est une organisation indépendante à but non lucratif avec des partisans de partout au pays. Fondée en 1964, la CCLA est une organisation nationale de défense des droits humains engagée à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.

Pour les médias

Pour plus de commentaires, veuillez nous contacter à media@ccla.org.

Pour des mises à jour en direct

Veuillez continuer à consulter cette page et nos plateformes de médias sociaux. Nous sommes sur Instagram, Facebook, Twitter et Blue Sky.

DONATE
This site is registered on wpml.org as a development site. Switch to a production site key to remove this banner.