18 mai 2021
Le 18 mai, un avocat pro bono représentant la CCLA a comparu devant la Cour suprême du Canada pour présenter des arguments dans R c Parranto et R c Félix – des causes qui examineront de près la pertinence d’utiliser des « points de départ » dans le processus de détermination de la peine en justice pénale.
La détermination de la peine devrait être un processus individualisé. Les gens diffèrent. Les circonstances qui les ont amenés à comparaître devant un tribunal diffèrent. Les impacts du racisme et du colonialisme diffèrent. Et l’importance et les conséquences de toute forme particulière de punition – pour l’individu, la victime, les familles et les communautés – diffèrent. Selon la loi canadienne, la détermination de la peine est censée être un processus individualisé guidé par des principes énoncés dans le Code criminel. Ces principes permettent aux juges de prendre en compte divers facteurs afin de s’assurer que la peine est adaptée au cas particulier devant eux tout en atteignant les objectifs de dissuasion, de dénonciation et de réhabilitation.
Les points de départ de la détermination de la peine interfèrent avec ce processus individualisé propre à chaque cas. La méthodologie du « point de départ » exige que les cours d’appel établissent une peine par défaut – habituellement un certain nombre d’années d’incarcération – pour une catégorie d’infractions. La peine est ensuite augmentée ou diminuée selon l’application par le juge du procès de facteurs spécifiques à chaque dossier. En général, cette approche gonfle les peines d’emprisonnement, en privilégiant la dissuasion individuelle et générale (qui n’est en fait pas affectée par des peines plus longues) au détriment d’autres principes de peine. En pratique, elle a aussi un impact particulièrement négatif sur ceux qui s’éloignent significativement de la « norme » stéréotypée – y compris les Autochtones, les Noirs et d’autres personnes racialisées qui portent le poids du colonialisme, de l’esclavage et de la discrimination systémique; des personnes confrontées à des dépendances; ceux qui ont des problèmes de santé mentale.
Bien que la Cour suprême ait affirmé à plusieurs reprises que la décision d’un juge de première instance de s’écarter de la méthodologie du « point de départ » n’est pas une erreur, à maintes reprises les cours d’appel ont annulé des décisions inférieures pour ne pas respecter suffisamment le cadre du point de départ. Ces affaires reposent aussi fréquemment sur des hypothèses non prouvées – et erronées – selon lesquelles des peines de prison plus longues dissuaderont les crimes futurs.
En bref, les points de départ contrecarrent la discrétion au niveau du procès et minent l’équité procédurale fondamentale en minimisant les aspects individualisés de la peine. Dans ce processus, ils nuisent de manière disproportionnée aux communautés marginalisées qui font déjà face à une discrimination systémique et à une surreprésentation dans le système de justice pénale. Et ils enlèvent la liberté aux gens, au moins en partie, sur la base de théories non prouvées qui ont été maintes fois réfutées par la recherche académique.
La CCLA concentrera ses arguments sur l’impact que les points de départ de la détermination des peines ont sur l’équité procédurale du processus de détermination des peines. La CCLA soulignera également l’importance des preuves dans le processus de détermination de la peine : les tribunaux ne devraient pas retirer la liberté à une personne sans justifications concrètes, fondées sur des preuves, des soumissions ou des interprétations des dispositions légales pertinentes et fiables.
La CCLA remercie les avocates pro bono Sarah Rankin et Heather Ferg, du cabinet McKay Ferg LPP, pour leur représentation dans cette affaire.
Lisez la demande de la CCLA pour obtenir l’autorisation d’intervenir.
À propos de l’Association canadienne des libertés civiles
La CCLA est une organisation indépendante à but non lucratif avec des partisans de partout au pays. Fondée en 1964, la CCLA est une organisation nationale de défense des droits humains engagée à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.
Pour les médias
Pour plus de commentaires, veuillez nous contacter à media@ccla.org.
Pour des mises à jour en direct
Veuillez continuer à consulter cette page et nos plateformes de médias sociaux. Nous sommes sur Instagram, Facebook, Twitter et Blue Sky.



