L’Association canadienne des libertés civiles fait partie des groupes nationaux et internationaux de défense des droits de la personne, dirigés par le Programme international des droits de la personne, qui affirment que le traitement des enfants et des personnes souffrant de troubles de santé mentale viole les obligations internationales.

Toronto, 5 octobre 2017 — Un examen des Nations Unies sur le bilan canadien en matière de droits de la personne devrait exhorter le Canada à prendre des engagements concrets pour traiter de manière significative son traitement des personnes vulnérables en détention pour immigrants, a déclaré aujourd’hui le Programme international des droits de la personne de la Faculté de droit (IHRP) de l’Université de Toronto.

L’IHRP, en collaboration avec des organisations internationales et nationales de défense des droits de la personne — dont Amnistie internationale, l’Association canadienne des libertés civiles et Justice pour les enfants et les jeunes — a présenté aujourd’hui une soumission conjointe à l’ONU affirmant que les détenus en immigration, en particulier les enfants et les non-citoyens ayant des troubles de santé mentale, continuent de subir d’importantes violations des droits de la personne.

« Les efforts renouvelés du Canada pour devenir un leader mondial en tant que refuge multiculturel et sécuritaire pour les réfugiés et les migrants méritent d’être salués, mais il faut agir rapidement pour s’attaquer aux graves violations des droits humains de certains des membres les plus vulnérables de notre société », a déclaré Samer Muscati, directeur de l’IHRP. « Il est temps que le Canada soit à la hauteur de sa réputation en matière de droits humains en mettant fin à la détention inutile d’enfants et de migrants atteints de troubles
mentaux alors que des alternatives existent déjà. »

Au printemps 2018, le Canada subira son troisième examen périodique universel (RPU) devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, au cours duquel les États membres de l’ONU examineront les engagements passés du Canada en matière de droits de la personne et soulèveront de nouvelles préoccupations. Grâce au processus de la RPU, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU examine périodiquement les progrès en matière de droits de la personne de chaque État membre environ tous les quatre ans.

La soumission critiquait le Canada pour avoir régulièrement détenu des non-citoyens ayant des troubles de santé mentale dans des prisons provinciales à haute sécurité, ainsi que pour avoir détenu ou « hébergé » des enfants en détention, ou les séparer de leurs parents détenus.

Depuis 2013, plus de 800 enfants ont passé du temps dans des centres de détention pour immigrants canadiens, y compris des enfants de Syrie et d’autres régions ravagées par la guerre. Selon des experts médicaux, la détention pour immigrants cause des dommages psychologiques graves et durables, incluant la dépression, l’anxiété, le stress post-traumatique et les idées suicidaires. La soumission indiquait que la séparation familiale n’est pas une alternative adéquate à la détention d’enfants, car elle cause aussi une détresse psychologique importante et peut exposer les enfants aux difficultés du système de protection de l’enfance.

La soumission a également critiqué l’Agence du Service des frontières du Canada (ASFC) pour avoir régulièrement détenu des migrants ayant des troubles mentaux ou des handicaps psychosociaux dans des prisons à sécurité maximale — parfois pendant des années — malgré leur statut vulnérable et non criminel. En fait, la politique de l’ASFC stipule explicitement que les détenus peuvent être transférés des centres de détention d’immigration à sécurité moyenne vers des prisons provinciales à sécurité maximale en raison de leurs conditions de santé mentale. Le traitement par l’ASFC des non-citoyens ayant des troubles de santé mentale viole les obligations internationales du Canada en matière de droits de la personne, car il est discriminatoire, constitue une détention indéfinie et arbitraire, il est cruel et inhumain, et viole le droit à la santé.

Au Canada, il n’existe pas de limite législative à la durée de la détention, et par conséquent, les détenus n’ont aucun moyen de déterminer combien de temps ils passeront en détention. La soumission affirme qu’une culture inutilement punitive persiste dans le système de détention des immigrants, et qu’elle est rendue possible par une série de problèmes systémiques qui doivent être abordés par des réformes législatives, réglementaires et politiques.

« Le système de détention pour immigrants du Canada est défaillant, et il nuit aux enfants et adultes vulnérables », a déclaré Hanna Gros, l’auteure principale de la soumission conjointe. « Le Canada devrait défendre les principes des droits humains qui sont à la base de nos valeurs, et réformer notre système de détention pour immigrants est une étape nécessaire dans cette direction. »

Comme première étape, les organisations de défense des droits de la personne demandent au Canada de créer une présomption législative contre la détention au-delà de 90 jours, et de former un organisme/ombudsman indépendant chargé de superviser et d’enquêter sur l’ASFC auprès duquel les détenus d’immigration peuvent porter plainte. La soumission conjointe exhorte également le Canada à mettre en œuvre immédiatement des alternatives communautaires à la détention autant que possible, y compris les obligations de déclaration, les dépôts financiers et les garants.

La soumission repose sur trois années de recherches menées par le DIHRP, qui ont donné lieu à trois rapports : « Nous n’avons aucun droit » : Emprisonnement arbitraire et traitement cruel des migrants ayant des problèmes de santé mentale au Canada (2015); « Pas de vie pour un enfant » : une feuille de route pour mettre fin à la détention d’enfants et familles en immigration (2016); et Citoyens invisibles : enfants canadiens en détention pour immigrants (2017).

D’autres partenaires dans cette soumission conjointe sont l’Association canadienne des avocats spécialisés en réfugiés, l’Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique et le Bureau du droit des réfugiés de l’Aide juridique Ontario. Human Rights Watch a également appuyé les recommandations de la soumission.

L’ONU a établi le processus de RPU en 2006. Les pays examinés soumettent des rapports écrits sur leur situation en matière de droits de la personne et répondent aux questions et recommandations formulées par d’autres États membres de l’ONU au Conseil des droits de l’homme. Les 193 États membres de l’ONU font l’objet de ces examens.

Il s’agit de la deuxième soumission de l’IHRP sur la RPU. Dans le cadre du deuxième examen périodique universel du Canada, le 26 avril 2013, le PDI a soumis un rapport fantôme mettant en lumière les violations des droits contre les femmes ayant des problèmes de santé mentale emprisonnées dans les pénitenciers canadiens.

À propos de l’Association canadienne des libertés civiles

La CCLA est une organisation indépendante à but non lucratif avec des partisans de partout au pays. Fondée en 1964, la CCLA est une organisation nationale de défense des droits humains engagée à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.

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