Parce que la section Learn de TalkRights présente du contenu produit par des bénévoles de la CCLA et des entrevues avec des experts dans leurs propres mots, les opinions exprimées ici ne représentent pas nécessairement les politiques ou positions propres à la CCLA. Pour des publications officielles, des rapports clés, des documents de position, de la documentation juridique et des nouvelles à jour sur le travail de la CCLA, consultez la section In Focus de notre site web.

D’où vient le projet de loi C-36?

En 2013, la Cour suprême du Canada a rendu l’affaire Canada (procureur général) c. Bedford. Dans l’affaire Bedford, la Cour a déclaré que les trois dispositions du Code criminel concernant les activités liées à la prostitution étaient inconstitutionnelles. Le Parlement a eu un an pour présenter de nouvelles lois concernant la prostitution, puis a présenté le projet de loi C-36 (le projet de loi). Le projet de loi est entré en vigueur le 6 décembre 2014.

Qu’y a-t-il dans le projet de loi?

Préoccupations et objectifs du Parlement

Le préambule du projet de loi identifie les préoccupations du Parlement concernant la prostitution. Ces préoccupations incluent, sans s’y limiter, l’exploitation et le risque de violence envers ceux qui pratiquent la prostitution, ainsi que les dommages sociaux causés par l’objectivation du corps humain et la marchandisation de l’activité sexuelle. Le préambule souligne également que le Parlement cherche à décourager la prostitution, car elle a un effet négatif sur la dignité et l’égalité humaines, et un impact disproportionné sur les femmes et les enfants.

Le préambule identifie également les objectifs du projet de loi, qui incluent la dénonciation et l’interdiction de l’achat de services sexuels, l’encouragement à ceux qui pratiquent la prostitution à signaler des incidents de violence et à en sortir, ainsi que la protection des communautés contre les préjudices associés à la prostitution.

Nouvelles infractions

Le projet de loi introduit 4 infractions, dont certaines n’ont jamais été inscrites dans le droit canadien, et d’autres représentent des modifications aux dispositions du Code criminel qui ont été annulées dans l’affaire Bedford.

Infraction pour l’achat de services sexuels et communication à cette fin

Le projet de loi fait de l’achat de services sexuels, ainsi que de toute communication à cette fin, une infraction. C’est la première fois que l’achat de services sexuels est rendu illégal au Canada.

Infraction pour communication dans le but de fournir des services sexuels

Le projet de loi rend illégal de communiquer avec toute personne dans le but d’offrir ou de fournir des services sexuels dans un lieu public, ou un lieu visible du public, situé à côté d’un terrain d’école, d’une cour de récréation ou d’une garderie.

Infraction pour publicité de services sexuels

Le projet de loi fait de la publicité de services sexuels une infraction. Il existe une exemption à cette infraction pour ceux qui font la publicité de leurs propres services sexuels, cependant, cette disposition affecterait toute organisation qui héberge ou publie la publicité d’une prostituée. « Publicité de services sexuels » inclut tout matériel, y compris des photos, des films, des vidéos, des enregistrements audio ou autres, une représentation visuelle ou tout document écrit utilisé pour promouvoir des services sexuels.

Infraction pour avoir sciemment reçu un bénéfice matériel de services sexuels

Le projet de loi constitue une infraction de recevoir un avantage financier ou autre avantage matériel, sachant qu’il provient de la prostitution ou en provient directement ou indirectement.

Il y a quatre exceptions à cette infraction, notamment lorsque la personne reçoit le bénéfice dans le cadre d’un arrangement de vie légitime avec la prostituée, en raison d’une obligation morale ou légale de la prostituée, ou en paiement d’un service ou d’un bien qu’elle offre à la prostituée. Cela signifie que des personnes comme les conjoints ou les gardes du corps d’une prostituée seraient exemptées de l’infraction.

Ces exceptions ne s’appliqueront pas lorsque la personne recevant l’avantage a utilisé ou menacé de violence, d’intimidation ou de coercition, a abusé d’une position de confiance ou a fourni une drogue, de l’alcool ou d’autres substances enivrantes à la prostituée. Notamment, les exceptions ne s’appliquent pas à une personne qui a tiré un avantage matériel dans le cadre d’une entreprise commerciale offrant des services sexuels contre de l’argent.

Définitions

Le projet de loi modifie également la définition de « maison de toilette commune » pour éliminer la référence à la prostitution. Avec cet amendement, la prostitution à l’intérieur n’est plus une infraction, sauf si les activités se déroulant dans la maison constituent des actes d’indécence.

ENJEUX

Questions relatives aux libertés civiles découlant du projet de loi C-36

La décision de la Cour suprême du Canada dans l’affaire Bedford

Dans l’affaire Bedford, la Cour suprême du Canada a déclaré que la prostitution, ou la vente de services sexuels, est toujours légale. La Cour a conclu que les dispositions qui criminalisaient certaines activités liées à la prostitution – les infractions de tenue d’un asile commun, de vivre de la prostitution et de communication en public à des fins de prostitution – étaient inconstitutionnelles. La Cour a conclu que ces infractions violaient l’article 7 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui protège le droit à la sécurité de la personne, car elles empêchaient les prostituées engagées dans l’activité légale de prostitution de prendre des mesures pour se protéger des risques propres à cette activité. Bon nombre des enjeux soulevés par les dispositions qui ont été annulées dans Bedford sont toujours présents dans le projet de loi C-36, et certaines des nouvelles dispositions du projet de loi soulèvent des questions supplémentaires de libertés civiles.

Infraction pour l’achat de services sexuels et communication à cette fin

L’infraction liée à l’achat de services sexuels est nouvelle dans le projet de loi et n’a pas été abordée dans l’affaire Bedford . Cependant, interdire l’achat de relations sexuelles et la communication en public à ce sujet peut mettre en danger la sécurité des prostituées, car celles qui cherchent à acheter des services sexuels pourraient être motivées à se rencontrer dans des endroits plus isolés pour éviter une sanction pénale. Cette disposition peut mettre en péril la sécurité des prostituées et violer l’article 7 de la Charte.

Infraction pour communication dans le but de fournir des services sexuels

Dans l’affaire Bedford, la Cour a déclaré que l’interdiction totale de la communication en public dans le but de fournir des services sexuels rendait plus difficile pour les prostituées de filtrer leurs clients, ce qui mettait leur sécurité en danger. Comme l’a déclaré la Cour dans Bedford, la communication en face à face est un outil essentiel pour protéger les prostituées, car elle leur permet de dépister les clients pour des choses comme l’ivresse et la prédisposition à la violence, et leur permet de fixer les conditions pour des pratiques sexuelles sécuritaires telles que l’utilisation de condoms ou de maisons sûres. L’infraction dans le projet de loi C-36, qui rend illégal la communication dans le but de vendre des services sexuels dans ou à proximité d’une école, d’une cour de récréation ou d’une garderie, suscite tout de même ces préoccupations en matière de sécurité, même si c’est dans une moindre mesure. Cette infraction peut également violer l’article 2b) de la Charte, qui protège la liberté d’expression.

Infraction pour publicité de services sexuels

Comme indiqué ci-dessus, les prostituées sont exemptées de l’interdiction de faire de la publicité dans le but d’offrir ou de fournir des services sexuels contre contrepartie. Cependant, cette infraction rend plus difficile pour les prostituées de faire la publicité de leurs propres services sexuels, car elle leur interdirait de publier des annonces sur Internet ou dans des publications imprimées, car les tiers responsables de l’hébergement ou de la publication de la publicité s’exposeraient à des sanctions pénales. Cette infraction rendrait presque impossible pour les prostituées de générer des affaires en toute sécurité, car elles devraient solliciter leurs affaires dans la rue, et comme déjà discuté, de telles négociations publiques mettent déjà les prostituées en danger. Cette infraction pourrait aussi constituer une atteinte à la liberté d’expression des prostituées.

Infraction pour avoir sciemment obtenu un avantage matériel de services sexuels

Dans l’affaire Bedford, la Cour a jugé invalide la disposition criminalisant la vie grâce à la prostitution, car elle ne faisait pas de distinction entre ceux qui exploitent les prostituées et ceux qui contribuent à assurer leur sécurité, comme les conducteurs, gestionnaires, gardes du corps, infirmières ou assistants. Les mêmes préoccupations sont présentes dans le nouveau régime des prestations matérielles, car les exceptions à l’infraction ne s’appliquent pas aux personnes recevant l’avantage dans le contexte d’une entreprise commerciale. Cela rendrait plus difficile pour les prostituées d’organiser la prestation de leurs services de manière organisée, et refuser aux prostituées des protections sous la forme d’individus qui veillent à leur bien-être pourrait mettre leur sécurité en péril de manière inconstitutionnelle.

Dans l’ensemble, le Parlement a présenté une législation visant à éliminer et à décourager la prostitution, plutôt qu’à créer des conditions plus sûres pour les prostituées qui se livrent à l’activité légale de vente de services sexuels, comme cela a été exigé à Bedford. Il reste à voir si et quand un recours constitutionnel sera intenté contre ces dispositions du projet de loi C-36.

À propos de l’Association canadienne des libertés civiles

La CCLA est une organisation indépendante à but non lucratif avec des partisans de partout au pays. Fondée en 1964, la CCLA est une organisation nationale de défense des droits humains engagée à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.

Pour les médias

Pour plus de commentaires, veuillez nous contacter à media@ccla.org.

Pour des mises à jour en direct

Veuillez continuer à consulter cette page et nos plateformes de médias sociaux. Nous sommes sur Instagram, Facebook, Twitter et Blue Sky.

DONATE
This site is registered on wpml.org as a development site. Switch to a production site key to remove this banner.