Ordonnances liées à la COVID-19 et pouvoirs policiers en Ontario
Au cours de la dernière année, les gouvernements canadiens ont mis en place des ordonnances d’urgence qui donnent à la police et à divers agents des forces de l’ordre des pouvoirs accrus pour arrêter et interroger des individus.
En raison des événements récents en Ontario, nous avons préparé cette fiche d’information pour aider les Ontariens à comprendre comment les ordonnances d’urgence liées à la COVID-19 ont modifié leurs droits lorsqu’ils interagissent avec la police et d’autres agents de l’application de la loi.
Le contexte ontarien
Le 16 avril 2021, le gouvernement de l’Ontario a adopté une vaste expansion des pouvoirs policiers. La CCLA a immédiatement appelé à l’abrogation de ce règlement manifestement inconstitutionnel et a annoncé notre intention de lancer un recours judiciaire. Ce combat a été gagné le lendemain, lorsque le gouvernement a retiré l’ordre d’urgence du 16 avril.
Mais cela ne signifie pas que nous ne sommes pas préoccupés par les pouvoirs d’application de la pandémie en 2021. L’an dernier, nous avons publié un rapport critiquant les mesures d’application de la COVID-19 inutiles, trop zélées et punitives qui ont eu lieu dans certaines régions du pays pendant la première vague de la COVID-19. Nous avons soulevé des préoccupations particulières concernant les nombreux incidents d’actions d’application discriminatoires.
Nous avons aussi des préoccupations concernant les pouvoirs d’application qui exigent que les individus s’identifient et répondent aux questions; Ces pouvoirs portent atteinte au droit au silence et augmentent les risques de détention arbitraire et de fouilles déraisonnables. Bien que le règlement inconstitutionnel du 16 avril de l’Ontario ait été abrogé, l’ordonnance d’urgence plus mesurée qui l’a remplacée élargit tout de même les pouvoirs de la police et d’autres responsables de l’application de la loi de l’Ontario. Nous sommes particulièrement préoccupés par l’impact que les pouvoirs d’application de la pandémie pour arrêter et interroger les individus ont sur des communautés déjà ciblées de manière disproportionnée par la police, y compris les communautés noires et autres communautés racialisées, les personnes autochtones, les personnes vivant avec des problèmes de santé mentale et de dépendance ainsi que celles qui vivent dans un logement précaire.
Ces pouvoirs d’application ne sont pas nécessaires pour faire face à la COVID-19. Elles minent les mesures efficaces de santé publique et augmentent le risque de dommages pour les mêmes communautés racialisées qui connaissent les taux les plus élevés d’infections à la COVID-19.
Nous appuyons et nous joignons à l’appel du Black Legal Action Centre pour abroger les pouvoirs policiers élargis.
L’Association canadienne des libertés civiles surveille activement l’application des lois liées à la COVID-19. Si vous avez été arrêté ou interrogé par les forces de l’ordre en lien avec des ordonnances liées à la COVID-19, veuillez partager votre expérience avec nous en remplissant ce formulaire sur notre site web.
Connaissez vos droits : COVID-19 et application de la loi en Ontario
Connaître vos droits est un outil important pour vous aider à reconnaître lorsque vos droits ont été violés. Faire valoir vos droits lors d’interactions avec les forces de l’ordre peut aussi vous aider si vous souhaitez soulever ces questions plus tard devant un tribunal ou par une plainte. Parfois, cependant, remettre en question les actions de la police ou insister verbalement sur vos droits peut faire grimper les interactions avec les forces de l’ordre. Faites preuve de votre meilleur jugement sur ce que vous devez faire pour rester en sécurité. Nous encourageons les gens à faire confiance à leur instinct pour protéger leur sécurité, et à faire valoir leurs droits calmement et poliment lorsque c’est possible.
Je marche dans la rue – la police ou d’autres agents de l’ordre peuvent-ils venir me voir et me poser des questions?
Dans bien des situations, la police peut approcher les gens et poser des questions. Mais vous n’avez pas toujours besoin de répondre à leurs questions, et dans bien des situations, vous pouvez vous éloigner. Lisez la suite pour en savoir plus sur les moments où vous pourriez ne pas être libre de partir, et quand vous pourriez être tenu de répondre aux questions de la police.
Quand la police pourra-t-elle m’empêcher de partir?
La police peut vous empêcher de partir s’ils vous détiennent ou vous mettent en état d’arrestation.
La police peut détenir quelqu’un brièvement s’il a des motifs raisonnables de soupçonner qu’une personne est liée à une infraction qu’elle enquête. Une détention doit être brève et ne nécessite pas nécessairement d’être physiquement attaché. Par exemple, si la police vous dit de ne pas partir, vous êtes détenu.
La police peut vous arrêter dans plusieurs situations différentes, notamment si elle a un mandat d’arrêt contre vous, si elle vous voit commettre un crime, ou si elle a des motifs raisonnables de croire que vous avez commis ou êtes sur le point de commettre un crime plus grave. Souvent, lorsque cela arrive, les gens sont menottés et transportés au poste de police. La police peut vous arrêter dans plusieurs situations différentes, notamment si elle a un mandat d’arrêt contre vous, si elle vous voit commettre un crime, ou si elle a des motifs raisonnables de croire que vous avez commis ou êtes sur le point de commettre un crime plus grave.
Comment puis-je savoir si je suis détenu ou arrêté, ou si je suis libre de partir?
Parfois, il peut être très difficile de savoir si vous êtes libre de vous éloigner d’une interaction avec la police ou d’autres agents de l’ordre. Si vous pensez que c’est sécuritaire, vous pouvez demander « Suis-je détenu », « Suis-je en état d’arrestation » ou « Suis-je libre de partir? ». Si vous n’êtes pas détenu ou en état d’arrestation, vous pouvez partir.
Si vous êtes détenu ou en état d’arrestation, vous avez le droit de parler à un avocat et le droit de connaître la raison de votre détention ou arrestation.
Est-ce que je dois répondre aux questions de la police?
Vous avez presque toujours le droit de garder le silence – c’est-à-dire que vous n’avez pas à vous identifier ni à répondre aux questions de la police – MAIS il y a quelques exceptions, notamment l’obligation de fournir une pièce d’identité lorsque vous êtes conducteur d’une voiture, ou de répondre à certains types de questions pendant les détentions liées à la COVID. Consultez la section ci-dessous sur les détentions liées à la COVID pour plus d’informations sur vos droits lorsque la police vous a arrêté parce qu’elle croit que vous avez violé une ordonnance liée à la COVID-19.
Il pourrait aussi être dans votre intérêt de fournir aux forces de l’ordre votre nom, votre adresse et votre date de naissance si vous êtes accusé ou verbalisé pour une infraction. Bien que vous n’ayez pas d’obligation légale générale de fournir une pièce d’identité, si la police essaie de vous donner une contravention ou de vous accuser d’une infraction et ne sait pas qui vous êtes, elle peut vous arrêter jusqu’à ce que votre identité soit confirmée.
Si vous mentez à la police, y compris sur votre nom ou votre adresse, vous pouvez être accusé d’entrave à la justice ou d’entrave à la police.
Les forces de l’ordre peuvent-elles me détenir et m’obliger à répondre à des questions si elles pensent que je viole une ordonnance liée à la COVID?
Dans certaines situations, oui.
Les policiers, les agents de règlements et d’autres agents de l’application de la loi en Ontario se sont vu accorder de nouveaux pouvoirs pour faire respecter les ordonnances liées à la COVID-19. Ces ordonnances liées à la COVID-19 incluent actuellement des règlements limitant les rassemblements intérieurs et extérieurs, des restrictions sur l’utilisation des commodités du parc comme les tables de pique-nique, ainsi que des exigences de distanciation physique.
Si les forces de l’ordre ont des motifs raisonnables et probables de croire que vous ne respectez pas une ordonnance liée à la COVID, ils peuvent vous détenir et vous demander de vous identifier vous-même. Dans ces circonstances, vous devez fournir aux forces de l’ordre votre nom correct, votre date de naissance et votre adresse.
Les forces de l’ordre disposent de pouvoirs supplémentaires lorsqu’il s’agit d’enquêter sur d’éventuels rassemblements illégaux en vertu d’ordonnances liées à la COVID-19. Si un policier ou un autre responsable a un soupçon raisonnable que vous participez à un rassemblement qui contrevient aux ordonnances liées à la COVID-19, il peut exiger qu’une personne « fournisse des informations afin de déterminer si elle respecte » les lois sur les rassemblements. Cela peut signifier qu’ils vous demandent votre nom et votre adresse – mais la loi ne limite pas les informations qu’ils peuvent exiger, si ce n’est qu’elles doivent aider à déterminer si vous enfreignez ou non les restrictions liées à la COVID-19 sur les rassemblements.
La norme de soupçon raisonnable – applicable lorsque les forces de l’ordre enquêtent sur une possible violation des limites de rassemblement – est une norme inférieure à celle des motifs raisonnables et probables.
Voici un bref résumé de la loi concernant les contrôles policiers et les questions en Ontario en date du 23 avril 2021. Elle est fournie à titre d’information juridique, et non de conseil juridique. Vous pouvez trouver plus d’informations sur vos droits concernant les contrôles policiers et les questions en Ontario à www.stepstojustice.ca. Notez toutefois que l’information pourrait ne pas inclure toutes les dernières mises à jour sur l’évolution de vos droits à la lumière des nouvelles ordonnances d’urgence liées à la COVID-19
Si vous avez été arrêté ou interrogé par les forces de l’ordre en lien avec des ordonnances liées à la COVID-19, veuillez partager votre expérience avec nous en remplissant ce formulaire sur notre site web.



