La Cour suprême a rendu aujourd’hui sa décision dans l’affaire Groia c. Barreau du Haut-Canada, une affaire qui examine quand une barreau peut sanctionner un avocat pour « incivilité » alléguée en salle d’audience. La Cour a annulé la décision disciplinaire de la Law Society, la jugeant déraisonnable en fonction des circonstances particulières et du contexte de l’affaire. Dans l’ensemble, c’est un bon résultat pour la liberté d’expression et les droits des clients.

Groia a d’abord été reconnu coupable de faute professionnelle en raison de déclarations qu’il a faites sur la conduite des procureurs lors de la poursuite de son client pour des violations de la Loi sur les valeurs mobilières. Les déclarations ont été faites devant un tribunal, devant un juge, et pour défendre les droits constitutionnels de son client à un procès équitable. La CCLA est intervenue dans l’affaire par crainte qu’une interprétation trop large de l’exigence de civilité puisse avoir un effet dissuasif sur les avocats et les dissuader de défendre avec zèle les droits de leurs clients. Nous avons soutenu que le seuil pour sanctionner un avocat pour incivilité sur la base de déclarations devant le tribunal devrait être très élevé : seulement dans les cas les plus clairs, lorsque l’incivilité alléguée mine sérieusement l’administration de la justice ou risque de provoquer une erreur judiciaire. Nous avons également soutenu que tout examen après coup par le régulateur légal devrait tenir compte de la manière dont la conduite a été abordée (ou non) par le juge président au moment où les déclarations ont été faites.

Bien que la majorité de la Cour suprême n’ait pas adopté le seuil élevé proposé par la CCLA, elle a reconnu l’importance centrale de permettre aux avocats la liberté de s’exprimer, notamment en défense des droits de leurs clients. Elle a également noté que les poursuites pour incivilité devraient cibler les comportements ayant un impact négatif sur l’administration de la justice ou l’équité d’une procédure particulière.

En fin de compte, la majorité a conclu que l’approche adoptée par le Law Society Appeal Panel visait à équilibrer proportionnellement la liberté d’expression avec le mandat et la fonction du Law Society, et a estimé qu’il fallait tenir compte de la manière dont un juge président traite les déclarations d’avocats en cour qui seront ensuite alléguées comme de l’incivilité. De manière significative, la majorité a également conclu qu’une erreur d’un avocat à l’égard de la loi (commise de bonne foi et sur un fondement raisonnable) ne pouvait pas constituer la base d’une conclusion de faute professionnelle fondée sur l’incivilité. En bref, il n’est pas incivil de se tromper.

Bien que le résultat final dans cette affaire soit encourageant, la CCLA demeure préoccupée par le fait que l’approche adoptée par la Cour ne donne pas suffisamment d’indications aux avocats sur les limites de la conduite acceptable, et n’affecte ultimement pas la façon dont les clients sont représentés. Il sera important de surveiller comment les régulateurs juridiques interprètent la décision et quel effet cela a sur les avocats, en particulier ceux engagés dans le domaine de la défense criminelle.

Lisez ici le jugement de la Cour suprême.

À propos de l’Association canadienne des libertés civiles

La CCLA est une organisation indépendante à but non lucratif avec des partisans de partout au pays. Fondée en 1964, la CCLA est une organisation nationale de défense des droits humains engagée à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.

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