OTTAWA — Cara Zwibel, directrice des libertés fondamentales de l’Association canadienne des libertés civiles (CCLA), a prononcé aujourd’hui les déclarations suivantes :
En février de cette année, pour la première fois, le gouvernement du Canada a déclaré l’état d’urgence de l’ordre public et a mis en place des mesures d’urgence qui ont restreint les droits et libertés de toutes les personnes au Canada. Ces mesures ont imposé de larges restrictions aux libertés des Canadiens de se rassembler et de manifester. Ils permettaient au gouvernement d’obliger la prestation de services et de geler les biens personnels sans préavis ni procédure régulière. Ces ordres ont conféré aux agences d’application de la loi et aux institutions financières des pouvoirs extraordinaires. Le gouvernement avait peut-être l’intention d’utiliser ces pouvoirs de manière ciblée, mais tel qu’ils étaient rédigés, ils ont donné aux forces de l’ordre à travers le pays des mesures dont l’application potentielle allait bien au-delà des blocus et aurait facilement pu être abusée.
J’ai trois soumissions :
Premièrement : la Loi sur les situations d’urgence ne permet pas la suspension des droits de la Charte, mais sans l’existence d’une urgence d’ordre public, les mesures adoptées seraient très certainement contraires à la Charte. En l’absence de circonstances constituant une urgence nationale, elles constitueraient de graves restrictions aux droits et libertés fondamentaux qui ne sont ni raisonnables ni justifiées dans une société libre et démocratique. Donc, la question : y a-t-il eu une urgence nationale justifiant ces mesures est cruciale. L’Association canadienne des libertés civiles soutient respectueusement que cette question est importante non seulement pour ce qu’elle dit sur les événements de janvier et février de cette année, mais aussi pour ce qu’elle signale aux futurs gouvernements sur le moment où des pouvoirs extraordinaires pourront être utilisés et le processus parlementaire pourra être contourné pour permettre au gouvernement de gouverner par décret exécutif.
Deuxièmement, le gouvernement du Canada a présenté plusieurs justifications pour sa décision d’invoquer la loi. Sa justification principale – formulée lors de la première invocation de la Loi – est exposée dans son rapport à l’article 58 au Parlement. Bien que la justification ait évolué au fil du temps, ses éléments fondamentaux sont relativement simples et demeurent en grande partie intacts. La justification met beaucoup l’accent sur la perturbation économique et les préjudices. Il fait aussi référence à des préoccupations quant à la possibilité d’une violence grave, soit en raison de la présence de certains extrémistes violents parmi des manifestants autrement non violents, soit de la possibilité que les manifestations servent de couverture à une attaque de loup solitaire ou permettent à des acteurs de menaces de recruter, ou encore de la crainte que la violence n’éclate lors d’affrontements avec des contre-manifestants. Au-delà des préoccupations économiques, les preuves sur lesquelles le gouvernement s’appuie pour appuyer ces affirmations sont extrêmement maigres. Les forces de l’ordre et les agences de renseignement dont l’expertise devrait aider à éclairer les décisions du gouvernement n’ont pas considéré les manifestations comme une menace sérieuse de violence. L’élément le plus dangereux dont nous ayons entendu parler – la cellule de Coutts avec un cache d’armes – a été enquêté et arrêté par les forces de l’ordre avant l’entrée en vigueur des ordres d’urgence, sans recourir à des pouvoirs extraordinaires, et sans déclencher une réaction en chaîne de violence parmi les manifestants.
La Loi sur les situations d’urgence a été soigneusement rédigée pour éviter les excès de la Loi sur les mesures de guerre qui l’a précédée. Le Parlement a intentionnellement identifié une urgence d’ordre public en la liant exclusivement et exhaustivement à la définition des menaces à la sécurité du Canada prévues par la Loi du SCRS. Cette définition n’inclut pas les préjudices ou perturbations économiques, et ne devrait pas le faire. Elle exige des activités dirigées vers ou en soutien à la menace ou à l’utilisation d’actes de violence grave contre des personnes ou des biens dans le but d’atteindre un objectif politique, religieux ou idéologique. Le seuil légal pour utiliser la Loi n’a pas été atteint, et un avis juridique créatif et privilégié du gouvernement qui affirme le contraire ne la rend pas réelle. Le Premier ministre a convenu que le seuil n’est pas inférieur à la norme établie dans la Loi sur le SCRS. Selon nous, le gouvernement a dépassé les limites de la loi en prenant les mesures qu’il a prises.
Enfin, il ne fait aucun doute que les blocus et manifestations ont causé de graves préjudices aux populations vivant dans les communautés où ils ont eu lieu, qu’ils ont causé d’importantes perturbations économiques, et que les agences d’application de la loi n’étaient pas bien préparées pour y faire face. Le gouvernement peinait à obtenir des informations claires des forces de l’ordre sur ses plans et craignait de franchir la ligne floue qui risquait de compromettre l’indépendance opérationnelle de la police. Mais le gouvernement a aussi ressenti une forte pression pour agir afin de régler la situation et d’être perçu comme faisant quelque chose. Au lieu d’établir des lignes de communication claires et appropriées, d’avoir des discussions franches et de mettre par écrit des instructions sur les priorités stratégiques à la police, le gouvernement a donné aux forces de l’ordre le plus grand – et le plus public – coup de pouce possible. Elle a invoqué la Loi sur les situations d’urgence et a donné aux forces de l’ordre à travers le pays des outils nouveaux vastes et inutiles ainsi qu’un mandat politique clair pour les utiliser.
L’un des principes fondamentaux de la CCLA est la croyance que la liberté de personne n’est sûre à moins que la liberté de tous ne soit pas en sécurité. Nous exhortons la Commission à garder ce principe à l’esprit lorsqu’elle examine ce que le gouvernement a fait et examine ce que les gouvernements futurs pourraient faire.
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