Dans un mémoire publié aujourd’hui par le Comité permanent de la Chambre des communes sur la sécurité publique et la sécurité nationale (SECU), l’Association canadienne des libertés civiles (CCLA) a demandé au Comité de reconsidérer l’approche erronée adoptée par le projet de loi C-12, la Loi sur le renforcement du système d’immigration du Canada et des frontières.

Au lieu de maintenir le rôle du Canada en tant que pays accueillant pour les réfugiés et les migrants, le projet de loi C-12 crée une injustice fondamentale dans le système d’immigration canadien et violera la Charte des droits et libertés ainsi que nos obligations internationales en matière de droits humains en ce qui concerne les réfugiés.

La soumission se concentre sur trois défauts centraux du projet de loi :

  • Le projet de loi C-12 empêchera de nombreux réfugiés d’accéder à une évaluation équitable de leurs demandes devant la Commission de l’immigration et des réfugiés, augmentant considérablement le risque qu’ils soient expulsés dans des conditions de persécution;
  • L’octroi par le projet de loi C-12 d’une large latitude discrétionnaire pour préempter, suspendre ou mettre fin aux demandes d’immigration et pour modifier ou révoquer des documents d’immigration pour des raisons « d’intérêt public » non définies; et
  • L’autorisation élargie du projet de loi C-12 de partager des renseignements sensibles sur l’immigration.

Les préjudices du projet de loi C-12 seront ressentis le plus vivement par les groupes vulnérables, mais les voix de ceux qui subiront le poids de cette proposition législative ont été largement ignorées dans la précipitation du gouvernement pour faire adopter le projet de loi C-12 au parlement. Compte tenu de ce processus législatif précipité, il n’est pas surprenant que le projet de loi C-12 ne réponde pas aux réalités de ceux qui en sont les plus touchés tout en échouant à atteindre l’objectif déclaré du gouvernement de simplifier le système d’immigration canadien.

Des éléments du projet de loi C-12 priveront les réfugiés d’une évaluation indépendante et équitable de leurs demandes et de leur droit d’appel devant la Commission indépendante de l’immigration et des réfugiés (CRI). Beaucoup de demandeurs d’asile arrivent au Canada après avoir été forcés de laisser toute leur vie derrière eux et d’avoir accompli des voyages éprouvants. Compte tenu des graves conséquences qui découlent lorsque les réfugiés sont renvoyés pour faire face à la persécution, la détention ou même la torture, les demandeurs d’asile ont le droit de faire avancer leur demande par une audience où ils peuvent expliquer pleinement la nature de leur situation. Dans un témoignage devant le Comité permanent de la Chambre sur l’immigration (CIMM), des représentants du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés ont été explicites : en refusant aux demandeurs le droit à une audience et à un appel complet de leur demande, le projet de loi C-12 ne respecte pas les normes internationales minimales en matière de droits de la personne.

Le gouvernement n’a pas su justifier les lourdes sanctions qu’il impose aux demandeurs d’asile. Le projet de loi C-12 pénalisera les demandeurs d’asile sur la base de critères arbitraires — si plus d’un an s’est écoulé depuis leur entrée au Canada, ils se verront refuser le droit à une audience et à un appel. Cela ignore la réalité des demandeurs d’asile et les nombreuses raisons légitimes pour lesquelles une demande d’asile pourrait être retardée de plus d’un an. Les demandeurs LGBTQIA+ et ceux qui ont survécu à des traumatismes, à la torture ou à la violence basée sur le genre seront exposés à un risque particulièrement accru par ce seuil arbitraire d’un an, car il peut falloir des années avant que les personnes ayant subi ce type de persécution se sentent suffisamment en sécurité pour révéler leur identité ou partager leurs expériences. D’autres demandeurs d’asile seront pénalisés dans le cadre de ce système sur la base qu’ils ont d’abord cherché d’autres voies pour obtenir la résidence au Canada ou simplement parce que la situation dans leur pays d’origine a changé.

Bien que l’efficacité ne puisse jamais être réalisée au détriment du respect de la Charte canadienne et des obligations internationales en matière de droits de la personne, il est notable que refuser l’accès aux demandeurs à la CRI n’améliorera ni l’intégrité ni l’efficacité du système canadien de réfugiés. Les demandes d’asile devront toujours être évaluées par des responsables publics d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), ainsi que par des décisions d’IRCC, qui seront soumises à un examen judiciaire long malgré d’importants arriérés existants et des pénuries de personnel à IRCC et à notre Cour fédérale. Les décisions de l’IRCC manquent d’indépendance et de garanties cruciales, tandis que le contrôle judiciaire se limite en grande partie à évaluer la raisonnabilité d’une décision de l’IRCC plutôt qu’à déterminer si le rejet d’une demande individuelle entraînera une persécution. Le résultat ultime du projet de loi C-12 sera donc une dégradation brutale de la qualité des décisions relatives aux réfugiés, sans amélioration de l’efficacité de ce système, car les arriérés se déplacent simplement d’un organisme de traitement à un autre.

Le projet de loi C-12 élargira également la dépendance intenable du Canada envers les États-Unis comme partenaire « sûr » pour traiter les demandes d’asile en pénalisant davantage les demandeurs d’asile qui ont débarqué aux États-Unis avant leur arrivée au Canada. Alors que le système de réfugiés américain continue de se détériorer rapidement, les demandes d’asile couvertes par l’Accord canadien sur les pays tiers sécuritaires nécessitent une évaluation plus prudente et des garanties supplémentaires afin que le Canada ne devienne pas complice du retour des réfugiés à la persécution. Au lieu de cela, le projet de loi C-12 augmente la probabilité que les demandes soient mal évaluées et que les réfugiés arrivant de notre frontière sud soient abandonnés à un système de réfugiés américain de plus en plus défaillant.

Le projet de loi C-12 accordera également au gouvernement une large latitude ouverte pour suspendre les demandes d’immigration (y compris indéfiniment) et imposer des conditions, voire annuler des catégories de documents d’immigration, y compris les documents de résidence permanente. Le gouvernement a affirmé que ce pouvoir serait utilisé avec parcimonie ou pour prévenir la fraude, mais rien du projet de loi C-12 n’autorise le gouvernement à invoquer ce pouvoir extraordinaire chaque fois qu’il le juge dans « l’intérêt public ». Ce nouveau pouvoir n’inclut aucune garantie procédurale — il n’y a même pas d’obligation d’aviser les personnes dont les documents ont été annulés. Le risque d’un usage politisé ou injuste de ce pouvoir, avec des conséquences dévastatrices pour les migrants, est donc inacceptable.

Le projet de loi C-12 autorise également le gouvernement à partager des renseignements personnels sur l’immigration au sein du ministère de l’immigration ainsi que certaines catégories d’informations hautement sensibles avec toute entité fédérale, provinciale ou municipale. Avec quelques limitations supplémentaires, les entités gouvernementales peuvent même être autorisées à partager les informations reçues avec des gouvernements étrangers. Il y a peu de restrictions à cette autorité, et les garanties de base, telles que la nécessité et la proportion du partage de l’information, sont nettement absentes. La large diffusion d’informations sensibles telles que le statut de réfugié et les changements d’identité de genre que le projet de loi C-12 autorise est particulièrement destinée à exposer les personnes au Canada et leurs familles à l’étranger à la discrimination et aux abus.

Malgré les échéanciers très allongés du projet de loi C-12, des dizaines de groupes se sont joints à la CCLA pour soumettre des mémoires concernant les implications problématiques du projet de loi, notamment Amnistie internationale Canada, la clinique commémorative Barbara Schlifer, l’Association canadienne des avocats réfugiés (CARL), l’Association du Barreau canadien (CBA), le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR), la Coalition canadienne pour la politique des drogues (CDPC), l’Association canadienne des avocats musulmans (CMLA), la Croix-Rouge canadienne, le Syndicat canadien des employés publics (CUPE), le Centre pour les options pour le développement des Noirs Canada (CBDOC), le Centre David Asper pour les droits constitutionnels, le Réseau juridique VIH, le Groupe international de surveillance des libertés civiles (ICLMG), l’Aide juridique Ontario, la Ligue des droits et libertés, la Clinique de justice pour les migrants, l’Alliance des travailleurs migrants pour le changement/Réseau des droits des migrants (MWAC/MRN), le Conseil des agences au service des immigrants de l’Ontario (OCASI), Rainbow Railroad, le Centre pour réfugiés, la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), ainsi que le Women’s Legal Education and Action Fund (LEAF).

Les députés n’ont pas eu suffisamment de temps pour examiner les préoccupations étendues énoncées dans ces mémoires, tandis que très peu de représentants de ces groupes ont eu l’occasion de participer aux audiences des comités. En effet, les agences de contrôle des frontières et les responsables ont dominé les quelques réunions allouées à l’étude de ce projet de loi.

Le résultat introduira une injustice grave et fondamentale dans l’engagement du Canada envers les réfugiés et les migrants. Le projet de loi C-12 devrait être retiré.

Lisez la soumission de la CCLA en anglais ou en français et lisez-en plus sur le projet de loi C-12 et sa législation complémentaire, le projet de loi C-2.

À propos de l’Association canadienne des libertés civiles

La CCLA est une organisation indépendante à but non lucratif avec des partisans de partout au pays. Fondée en 1964, la CCLA est une organisation nationale de défense des droits humains engagée à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.

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