Ce qui suit est une réimpression d’une lettre envoyée par l’Association canadienne des libertés civiles à l’honorable Mark Furey, procureur général et ministre de la Justice, le 22 avril 2018.

L’honorable Mark Furey
, ministère de la Justice
, 1690, rue Hollis, boîte postale 7
, Halifax, NS B3J 2L6
, par courriel JUSTMIN@novascotia.ca

22 avril 2018

Cher Monsieur l’Avocat,

Je vous écris au sujet des poursuites potentielles par la Couronne contre un adolescent accusé la semaine dernière par la police régionale d’Halifax d’utilisation non autorisée d’un ordinateur, en violation de l’article 342.1 du Code criminel. L’Association canadienne des libertés civiles milite pour la liberté dans nos tribunaux, législatures et communautés depuis plus de cinquante ans. Nous vous exhortons, vous et le Service des poursuites publiques de la Nouvelle-Écosse, à retirer les accusations contre ce jeune homme, ne serait-ce que parce que cela va à l’encontre de l’intérêt public.

Comme vous le savez, le critère le plus souvent cité pour déterminer s’il faut poursuivre ou retirer une information provient du Rapport du Comité consultatif du procureur général sur le filtrage, la divulgation et les discussions sur la résolution des accusations (le Rapport du Comité Martin) (1993), (présidé par l’honorable G.A. Martin, Q.C.), cité par la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse, entre autres tribunaux. Le test en deux parties est axiomatique. Pour qu’une poursuite soit entamée ou poursuivie, la Couronne désignée doit répondre aux deux par l’affirmative : y a-t-il une perspective raisonnable de condamnation (test objectif), et est-ce dans l’intérêt public? Compte tenu de l’absence de divulgation, la CCLA ne peut pas se prononcer sur la première question de la probabilité raisonnable de condamnation.

Nous appelons au retrait de cette accusation en particulier en ce qui concerne l’intérêt public. Le rapport du comité Martin a conclu que l’âge peut être un facteur déterminant l’intérêt public, pour les très jeunes et les personnes âgées, bien qu’il ne puisse être déterminant. C’est certainement pertinent dans l’affaire devant vous et vos agents.

La confiance du public dans l’administration de la justice est primordiale dans cette considération de « l’intérêt public ». Comme l’a conclu le rapport du comité Martin : « La discrétion des poursuites devrait être exercée d’une manière cohérente avec le désir de la communauté d’avoir un système judiciaire qui les protège, par l’arrestation et la punition des délinquants, mais qui ne les opprime pas, par des poursuites lourdes pour des affaires futiles. »

D’après les rapports publiés, c’est exactement ce qui s’est passé. Plusieurs policiers qui débarquent dans une résidence familiale pour saisir des ordinateurs et inculper un jeune homme d’une infraction criminelle, si elle est exacte, équivaut à une réaction oppressive et brutale à une affaire triviale.

Par trivial, je fais référence à ce qui aurait soi-disant eu lieu : télécharger le contenu d’un serveur configuré, à tort ou à raison, pour un accès public. Comme l’a déclaré notre directrice de la vie privée, Dre Brenda McPhail : « Ce n’était pas un piratage. Ce n’était pas quelqu’un qui volait un mot de passe. C’était juste quelqu’un qui changeait un numéro à la fin d’une URL pour le parcourir et télécharger un lot de documents. »

Ce n’est pas notre question de savoir si les preuves se prêtent à une perspective raisonnable de condamnation. Notre point est que la confiance du public dans l’administration de la justice est sérieusement diminuée lorsqu’un adolescent est poursuivi pour avoir changé un numéro à la fin d’une URL, car c’est une réponse oppressive et brutale à une action triviale.

Enfin, les propos publics de votre Premier ministre selon lesquels l’adolescent « volait » des données violent la règle du sub judice , ce qui affaiblit davantage la confiance du public dans l’administration de la justice, si la poursuite continue. En mettant de côté le fait que télécharger des données publiques n’est ni un crime, ni un vol, il n’est pas dans l’intérêt public de poursuivre un jeune homme dans les circonstances précédentes.

Je comprends bien votre travail, ainsi que celui du PPS de la NS, ayant moi-même été procureur général provincial. Peu importe qui est précisément responsable de la décision de poursuivre ou non, vous êtes responsable de cette décision. Merci d’avoir pris en compte cette lettre.

Cordialement,

Michael Bryant
, directeur exécutif et conseiller juridique général

À propos de l’Association canadienne des libertés civiles

La CCLA est une organisation indépendante à but non lucratif avec des partisans de partout au pays. Fondée en 1964, la CCLA est une organisation nationale de défense des droits humains engagée à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.

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