Au cours des prochaines semaines, des témoins se réuniront sur la Colline du Parlement à Ottawa pour partager leur point de vue sur le projet de loi C-75, la plus récente tentative du gouvernement fédéral de réformer le Code criminel. Il ne fait aucun doute que notre Code criminel a besoin d’être réformé. Elle regorge de dispositions inconstitutionnelles, de peines minimales obligatoires et de toutes sortes d’autres dispositions « dures contre la criminalité » mal avisées, coûteuses et inefficaces.
Nous avons un système de justice qui continue d’incarcérer de manière disproportionnée les peuples autochtones et les minorités raciales, un processus de sélection du jury biaisé, une culture du délai de procès et un système de caution défaillant. Il est clair que nous devons apporter des changements.
Bien que le projet de loi C-75 tente de s’attaquer à ces problèmes, il crée aussi de nouveaux problèmes qui doivent être abordés. Certaines des réformes proposées sont excellentes. D’autres ne vont pas assez loin. Et quelques-uns constituent une grave atteinte aux droits à un procès équitable et à la présomption d’innocence.
L’Association canadienne des libertés civiles maintient la pression pour concrétiser une véritable réforme du Code criminel.
Lundi, Abby Deshman, directrice du programme de justice pénale de la CCLA, a comparu devant un comité de la Chambre des communes pour demander des amendements spécifiques. Voici quelques points clés du mémoire de Deshman :
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Nous ne devrions pas poursuivre « l’efficacité » en raccourcissant les droits constitutionnels (ou que notre système judiciaire n’est pas un restaurant de restauration rapide)
Comme l’a déjà dit notre Michael Bryant, directeur exécutif et conseiller juridique général de la CCLA, le projet de loi C-75 émascule les droits des accusés criminels, au nom d’une justice rapide. Des droits comme le droit d’un accusé de contre-interroger un policier. Le projet de loi propose de créer un raccourci probatoire, en décrivant quelques scénarios où les procureurs pourraient inclure les affidavits et témoignages antérieurs des policiers comme preuve lors d’un procès criminel. Le contre-interrogatoire pourrait être permis – mais seulement si l’accusé le demande et que le juge l’accorde. Ces dispositions portent atteinte aux droits à un procès équitable et à la présomption d’innocence. Il n’y a pas non plus de preuve qu’ils vont accélérer les essais (voir le point 3 ci-dessous pour en savoir plus). Ces clauses devraient être complètement supprimées.
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Il faudra plus que réformer la loi pour réformer notre système de caution
Nous avons beaucoup parlé des problèmes du système de caution canadien. La réforme est nécessaire, et il y a eu de bonnes suggestions sur la façon dont la législation peut réinitialiser la culture juridique. Le projet de loi C-75 cible les bons problèmes ici – mais les changements proposés ne vont pas assez loin. Nous (et d’autres) pensons qu’une réécriture complète de la loi sur la caution et la libération anticipée est nécessaire. Mais à défaut de cela, de plus petits changements qui feront une grande différence dans les tribunaux de la caution à travers le pays, et aideront le fonctionnement de la caution à s’aligner sur la présomption d’innocence, le droit à une caution raisonnable garanti par la Charte et la loi. Nous exhortons le Comité à suivre ces suggestions.
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Et puisqu’on parle de « il faut plus », regardons aussi la réforme de la sélection des jurés et les infractions liées à l’administration de la justice
Les infractions liées à l’administration de la justice sont des accusations criminelles pour des actions qui, dans des circonstances normales, seraient tout à fait légales. Des actions comme boire de l’alcool, être dehors après 19 h, ou entrer dans un Shoppers Drug Mart. Ce sont des crimes uniquement parce qu’un tribunal a déjà ordonné à quelqu’un de ne pas faire ces choses, et ils représentent une grande partie des affaires devant nos tribunaux criminels. Notre système de justice a sûrement des choses plus importantes sur lesquelles il devrait se concentrer.
Le projet de loi C-75 propose de créer un processus parallèle non criminel pour traiter certaines de ces questions – c’est une idée intéressante, mais sans dispositions plus solides, nous craignons que cela se retourne contre nous. La décision d’envoyer une personne à ce processus alternatif revient entièrement aux procureurs et aux policiers – qui ont déjà le pouvoir de décider de ne pas inculper quelqu’un ou de retirer une accusation déjà déposée. Sur fond d’un système aversif au risque, ce type de processus risque d’élargir le réseau de personnes impliquées dans le système judiciaire. Le projet de loi créerait une nouvelle procédure judiciaire qui pourrait servir à traiter les personnes que la police choisit actuellement de libérer avec un avertissement. Rien dans la loi n’exige que les personnes actuellement accusées soient détournées vers la voie alternative.
Il faudra aussi plus si le gouvernement veut vraiment s’attaquer au racisme systémique et à la discrimination dans notre processus de sélection des jurés. De nombreuses excellentes suggestions ont été soumises au Comité cette semaine; Nous espérons qu’ils seront adoptés.
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La réforme des peines doit être faite (plus) prudemment
Le projet de loi propose des modifications générales à la détermination des peines au Canada. Les peines maximales pour toutes les infractions de condamnation sommaire, par exemple, seraient augmentées de six mois à deux ans moins une journée. Ce qui ne semble toutefois pas avoir été envisagé, c’est que ces changements limiteraient considérablement l’accès à la justice en interdisant effectivement aux étudiants en droit, aux stagiaires et aux parajuristes de représenter certains des accusés les plus vulnérables. Ils auraient aussi des impacts importants sur l’immigration. Le maximum de peines ne devrait pas augmenter sans prendre aussi des mesures pour protéger les individus de ces conséquences collatérales. (Et, puisqu’on parle de réforme des peines, qu’est-il arrivé à la promesse de réduire les peines minimales obligatoires?? Nous avons un compte à rebours – nous attendons toujours.)
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Les solutions fondées sur des preuves nécessitent… Preuves
Si vous voulez accélérer le système de justice criminelle, il faut des preuves de ce qui le ralentit injustement. Malheureusement, les preuves font défaut. Le projet de loi C-75, par exemple, propose de restreindre considérablement les enquêtes préliminaires au nom de l’efficacité. Nous savons cependant que les affaires avec des enquêtes préliminaires – un processus préalable au procès conçu pour s’assurer que la Couronne dispose d’un dossier solide contre l’accusé – prennent plus de temps que les affaires sans enquêtes préliminaires. Mais nous ne savons pas si ce processus prolonge ces dossiers. Les cas qui ont tendance à nécessiter une enquête préliminaire peuvent par nature être des cas plus longs pour diverses raisons. La plus récente étude académique publiée sur ce sujet a conclu que « les modifications de l’enquête préliminaire sont peu susceptibles d’avoir un impact significatif sur la rapidité ou l’efficacité avec laquelle les dossiers sont résolus dans le système de justice pénale. » Et le Comité a entendu de nombreux témoins soutenant que les enquêtes préliminaires aident à accélérer le processus criminel en éliminant les cas infondés et en favorisant des résolutions anticipées sans procès complet. Bien que les avantages de l’élimination des enquêtes préliminaires soient au mieux incertains, plusieurs membres de la communauté juridique ont également soulevé des préoccupations importantes quant à l’impact que l’élimination des enquêtes préliminaires aura sur le droit à un procès équitable.
De nombreuses bonnes suggestions d’amendements au projet de loi C-75 ont été soumis au Comité. Nous espérons que le gouvernement écoute. Mais il y a aussi un message plus large ici : ce projet de loi n’aborde pas la réforme globale dont notre système de justice pénale a besoin. Trop de sources importantes d’injustice (grandes barrières aux suspensions de casier judiciaire et peines minimales obligatoires, pour n’en nommer que deux) restent intactes.
Nous espérons que le gouvernement prendra les mesures nécessaires pour corriger le projet de loi C-75. Mais même si c’est le cas, ce ne sera que la première étape vers une réforme significative de la justice pénale.
RESSOURCES
Toronto Star : Les « réformes » juridiques punissent les personnes que la Cour suprême cherchait à protéger
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