MISE À JOUR – 16 juin 2022

En réponse aux soumissions de la CCLA et de nombreux autres devant le Comité permanent du Sénat sur la sécurité nationale et la défense, les sénateurs étudiant le projet de loi ont voté pour remplacer la nouvelle norme vivement critiquée de « préoccupation générale raisonnable » par le seuil légalement reconnu et plus strict de « motifs raisonnables de soupçonner » pour les fouilles d’appareils à la frontière.

C’est une excellente avancée vers une meilleure protection de la vie privée et, en même temps, une meilleure protection contre les fouilles discriminatoires qui, selon la nouvelle norme initialement proposée, pourraient être menées essentiellement sur la base de ce que nous avons qualifié de « test d’odeur » plutôt qu’une norme.

Nous continuerons de suivre ce projet de loi au fur et à mesure qu’il avance au Sénat et au Parlement.

[16 mai 2022] Une tentative tant attendue de modifier la Loi sur les douanes signale une reconnaissance tardive et à moitié enthousiaste par le gouvernement que fouiller dans les détails intimes de nos vies contenus sur notre téléphone ou notre ordinateur portable n’est pas la même chose que de fouiller dans une boîte ou une valise contenant quelques chemises et des bas. Le projet de loi S-7, qui modifierait la Loi sur les douanes et la Loi sur le précontrôle de 2016 (les « lois »), a récemment été présenté au Sénat et sera bientôt soumis au Comité permanent de la sécurité nationale et de la Défense pour étude.

Le projet de loi a été rendu nécessaire par un jugement clé de la Cour d’appel de l’Alberta. En 2020, la décision dans R. c. Canfield a statué que l’examen du contenu d’un appareil numérique personnel (par exemple, un téléphone cellulaire ou un ordinateur portable) en vertu de la Loi sur les douanes est inconstitutionnel, car la section pertinente de la législation n’impose aucune limite à la fouille des appareils. La Cour a suspendu la déclaration d’invalidité pendant un an afin de donner au Parlement le temps de modifier la législation et d’introduire un seuil.

C’est un moment important pour améliorer la protection de la vie privée à la frontière. Les tribunaux canadiens ont établi que les gens ont de très forts intérêts en matière de vie privée dans leurs appareils numériques personnels. En fait, la Cour suprême a déclaré qu’il est difficile d’imaginer une invasion plus intrusive de la vie privée que de fouiller l’ordinateur personnel de quelqu’un. La CCLA soutient depuis longtemps que la Loi sur les douanes doit être modifiée afin de protéger les droits à la vie privée des voyageurs en empêchant les fouilles déconsidérées des appareils numériques personnels des personnes. Malheureusement, le projet de loi S-7, tel qu’il est rédigé, ne fait pas cela.

Le seuil très bas (et juridiquement nouveau) de « préoccupation générale raisonnable » pour les agents frontaliers pour effectuer une fouille de l’appareil électronique personnel d’un voyageur ne protège pas adéquatement la vie privée des voyageurs. C’est dommage qu’après avoir attendu bien au-delà du délai d’un an imposé par la Cour pour ce projet de loi, le seuil proposé ne soit pas la cible. En effet, le seuil de « préoccupation générale raisonnable » est un test d’observation, pas une norme. Elle n’est utilisée nulle part ailleurs dans la législation (ni dans aucune autre législation que nous avons identifiée jusqu’à présent). Instaurer une norme aussi basse ne protège pas seulement la vie privée individuelle, mais n’offre pas non plus de protections contre le profilage racial et religieux qui pourrait découler de la discrétion excessive qu’une telle norme minimaliste offre, et pourrait même aggraver ce profilage.

La CCLA estime qu’un seuil minimum de « motifs raisonnables de soupçonner » est requis pour protéger les voyageurs. Cette position est conforme aux recommandations du rapport du Comité permanent de la Chambre des communes sur l’accès à l’information, la vie privée et l’éthique sur « Protéger la vie privée des Canadiens à la frontière américaine » en 2017. Alternativement, une norme de « motifs raisonnables de croire » qui apparaît ailleurs dans les lois serait une option acceptable. Ces normes sont individualisées, non générales, et offriraient donc des protections de vie privée plus robustes contre les fouilles déraisonnables d’appareils électroniques personnels à la frontière. L’un ou l’autre offrirait aussi une meilleure protection contre le profilage racial et religieux.

Il y a aussi d’autres lacunes dans le projet de loi, et nous préparerons des soumissions détaillées pour le Comité afin d’identifier tous nos domaines de préoccupation et de formuler des recommandations pour y remédier.

La CCLA se réjouit de participer aux débats publics et législatifs sur le projet de loi S-7 et de défendre les droits des voyageurs à nos frontières.

À propos de l’Association canadienne des libertés civiles

La CCLA est une organisation indépendante à but non lucratif avec des partisans de partout au pays. Fondée en 1964, la CCLA est une organisation nationale de défense des droits humains engagée à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.

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