Une proposition législative controversée (présentée dans la partie 4 du projet de loi C-4) qui menace la vie privée des électeurs a été adoptée par le Sénat, mais avec un amendement crucial.
La proposition législative, qui accorderait effectivement aux partis politiques fédéraux un chèque en blanc concernant leurs pratiques de vie privée, a suivi un chemin difficile au Sénat, culminant avec un vote au Sénat hier soir qui a vu le projet de loi amendé pour imposer une clause de caducation de trois ans.
La partie 4 du projet de loi C-4 soulève d’importantes préoccupations en matière de vie privée.
Comme l’a conclu l’examen de la proposition par le Comité permanent du Sénat sur les affaires juridiques et constitutionnelles (LCJC) :
« La partie 4 est loin des normes minimales requises pour protéger les intérêts individuels et nationaux des Canadiens, à un moment où l’expérience mondiale indique que ces intérêts sont de plus en plus menacés. »
Le témoignage de la CCLA au comité sénatorial a souligné qu’une approche axée sur les données en matière de campagne politique représente une grave menace pour la vie privée si elle n’est pas contrôlée. Une étude de 2020 aux États-Unis, par exemple, a révélé qu’un parti politique avait accumulé plus de 3 000 points de données sur chaque électeur aux États-Unis. Plus tôt la même année, une fuite de données a révélé un vaste trésor de données utilisé par une campagne pour, entre autres, profiler racialement plus de 3,5 millions d’électeurs afin de les bombarder de publicités sur les réseaux sociaux dans le but de les « dissuader » de voter.
En reconnaissance des risques croissants posés par les messages politiques basés sur les données, d’autres juridictions comme l’UE vont déjà plus loin que les restrictions de base sur la vie privée que le système fédéral canadien n’a toujours pas. À la fin de 2025, un règlement à l’échelle de l’UE sur les messages politiques est entré en vigueur, complétant les lois générales sur la vie privée de l’UE en prévoyant des règles supplémentaires pour les partis politiques.
Mais la partie 4 du projet de loi C-4 ne parvient pas à mettre en place les règles de confidentialité les plus fondamentales et acceptées internationalement au niveau fédéral. Toute pratique liée aux données serait permise, tant qu’elle est couverte par des clauses générales dans la politique de confidentialité de chaque parti politique. Les individus n’auront aucune capacité d’accéder et de corriger les données détenues par les partis politiques.
La partie 4 ne s’arrête pas à ne pas mettre en place de restrictions significatives à la vie privée au niveau fédéral. Ça va plus loin. Elle vise à priver les gens de leurs droits futurs — et historiques — à la vie privée en vertu de toute loi provinciale remontant à l’an 2000.
Cette vaste tentative d’immunité pour les violations passées et futures de la vie privée fait suite à des décisions réglementaires et judiciaires confirmant que les lois sur la vie privée de la Colombie-Britannique s’appliquent aux partis politiques fédéraux pour leurs activités de circonscription dans la province (actuellement entendues par la Cour d’appel de la Colombie-Britannique).
Malgré les graves implications de la Partie 4, les amendements en question ont été enfouis dans un projet de loi omnibus axé principalement sur les questions financières. Le gouvernement, avec le soutien des partis politiques d’opposition (notamment à l’exclusion du Parti vert), était prêt à accélérer cette disposition d’immunité par les deux chambres du parlement avec un minimum de débats, cherchant même à contourner l’examen de la partie 4 par le comité législatif du Sénat et, lorsque cela échouait, en imposant des limites strictes sur la durée d’étude de la proposition.
L’examen final du projet de loi par le Sénat a vu de multiples efforts pour freiner ses éléments les plus problématiques. La sénatrice Bernadette Clément a proposé que la Partie 4 soit entièrement supprimée et, lorsque cette proposition n’a pas été adoptée, la sénatrice Paula Simons a proposé d’ajouter un certain nombre de garanties de confidentialité directement dans le projet de loi. Lorsque cette proposition n’a pas non plus obtenu suffisamment de soutien, une motion finale du sénateur Pierre Dalphond a été adoptée, modifiant le projet de loi afin que ses modifications soient annulées trois ans après son adoption.
Si cette clause de caducité est adoptée, la partie 4 cherchera à immuniser les partis politiques fédéraux contre les lois sur la vie privée une fois que le projet de loi C-4 deviendra loi, y compris pour des violations historiques remontant à l’an 2000.
Mais si le gouvernement fédéral ne met pas en place des protections complètes en matière de vie privée dans les trois ans, les lois provinciales s’appliqueront à nouveau à l’avenir.
La clause de caducité complique également davantage une affaire judiciaire en cours actuellement devant la Cour d’appel de la Colombie-Britannique. L’appel porte sur la question de savoir si les lois sur la vie privée de la Colombie-Britannique peuvent être constitutionnellement conciliées avec les dispositions existantes sur la vie privée dans la Loi électorale du Canada.
Un tribunal inférieur a déjà statué qu’il n’y a pas de conflit, car la Loi électorale du Canada (ACEC) impose peu d’obligations réelles en matière de vie privée et, par conséquent, les partis politiques peuvent se conformer à la fois à la CEA et à la loi sur la vie privée de la Colombie-Britannique.
La Cour d’appel de la Colombie-Britannique devra maintenant décider si l’ajout des dispositions d’immunité provinciale de la Partie 4 et la clause de caducité du Sénat modifient ce résultat.
L’impulsion combinée de ces deux dispositions — qui reflète l’intention des deux chambres — est que le gouvernement fédéral peut passer outre les lois provinciales sur la vie privée, mais seulement en mettant en place un régime de protection de la vie privée véritablement robuste et complet pour les partis politiques au niveau fédéral.
L’amendement à la clause de caducité a été communiqué à la Chambre des communes pour examen et, s’il est rejeté, le Sénat devra décider s’il insiste sur son amendement.
En fin de compte, les partis politiques ne peuvent pas être laissés à eux-mêmes lorsqu’ils déterminent comment et dans quelle mesure ils collectent des données personnelles. Un cadre complet est urgemment nécessaire. La CCLA appelle les partis politiques fédéraux à accepter l’amendement du Sénat et à avancer rapidement vers l’adoption de règles solides sur la vie privée au niveau fédéral.
Lisez les remarques d’ouverture de la CCLA dans son témoignage devant la LCJC.
Lisez le mémoire législatif de la CCLA, soumis au Comité des finances de la Chambre (FINA)



