L’Association canadienne des libertés civiles (CCLA) exprime de sérieuses préoccupations concernant le projet de loi 97 de l’Ontario, la Loi sur le Plan pour la protection de l’Ontario (mesures budgétaires), avertissant que cela éroderait considérablement le cadre des droits à l’information de l’Ontario à un moment où la vie privée et la transparence gouvernementale subissent déjà une forte pression.

Le projet de loi 97 exclurait de larges catégories de dossiers gouvernementaux des lois ontariennes sur l’accès à l’information. Certaines des exceptions proposées s’appliqueront même rétroactivement, permettant au gouvernement d’éviter les ordonnances d’accès à l’information existantes et les décisions judiciaires.

Le droit d’obtenir de l’information sur des questions d’importance publique est protégé constitutionnellement et constitue une pierre angulaire de la démocratie. Cela sous-tend le principe que les gouvernements doivent être transparents et responsables envers le public.

En pratique, ce droit d’accès à l’information — ainsi que les cadres juridiques qui le soutiennent — permettent aux journalistes, chercheurs et organismes de surveillance de dénoncer les fautes et la mauvaise gouvernance.

D’autres changements proposés supprimeraient les outils publics essentiels utilisés pour vérifier si le gouvernement respecte ses exigences en matière de vie privée et de cybersécurité, et protégeraient la prise de décision gouvernementale de l’examen indépendant du régulateur ontarien de la vie privée.

Tamir Israel, directeur du programme de confidentialité, surveillance et technologie de la CCLA, a fait la déclaration suivante :

« Le projet de loi 97 représente un recul important du régime ontarien en matière de transparence et de vie privée gouvernementales. Malgré son nom, les seules personnes que la « Loi sur le Plan pour la protection de l’Ontario » protégera sont les fonctionnaires qui tentent d’échapper à la responsabilité publique dans leurs processus décisionnels. Son érosion de la vie privée et du contrôle de la cybersécurité expose les renseignements personnels de tous en Ontario au risque d’abus. »

Contexte

Le régime ontarien du droit à l’information — énoncé dans la Loi sur la liberté d’information et la protection de la vie privée (FIPPA) et son homologue municipal, le MFIPPA — confère au public un droit légal d’obtenir des dossiers gouvernementaux et protège les renseignements personnels. Ces lois sont supervisées par le commissaire indépendant à l’information et à la vie privée de l’Ontario.

Le projet de loi 97 minera ce droit légal d’obtenir des documents gouvernementaux ainsi que les protections de la vie privée personnelle dans ce régime.

Bloquage de l’accès aux dossiers du personnel ministériel et policier

L’un des éléments les plus préoccupants du projet de loi 97 est sa proposition d’exclure tous les dossiers détenus par le premier ministre, les ministres, les élus et leur personnel politique des lois sur l’accès à l’information.

Le gouvernement de l’Ontario a suggéré que retirer ces catégories de documents des lois sur l’accès à l’information est une pratique courante à travers le Canada, mais cette caractérisation est trompeuse. Bien qu’il soit raisonnable de protéger des informations véritablement personnelles, confidentielles ou liées à la circonscription, la FIPPA contient déjà des dispositions qui traitent de ces préoccupations sans restreindre largement l’access.

Les exceptions proposées ne sont pas non plus limitées aux documents qui auraient un impact sur l’activité liée à la circonscription ou la vie privée des tiers. Les exceptions sont de nature étendue — les ministres et leur personnel ne seront exemptés de divulguer aucun dossier sous leur garde.

L’Ontario applique également rétroactivement son exclusion des dossiers ministériels, ce qui signifie que les demandes existantes d’accès à l’information, les ordonnances de divulgation et même les décisions judiciaires seront invalidées, et que les dossiers gouvernementaux déjà soumis à la divulgation éviteront l’examen public.

Comme l’a souligné la commissaire à l’information et à la vie privée de l’Ontario dans son évaluation des changements, ces réformes ne visent pas à protéger l’information des électeurs, mais à éviter la responsabilité publique.

Le projet de loi 97 introduit également des changements qui mineraient la vie privée et limiteraient le contrôle de l’utilisation des technologies par le gouvernement.

Permettre aux fonctionnaires publics de conserver des documents numériques dont ils n’ont plus besoin

Un autre amendement permettrait aux fonctionnaires publics d’emporter avec eux leurs courriels, documents électroniques, messages instantanés et plus encore lorsqu’ils changent de rôle gouvernemental. Cette proposition nuit non seulement à la vie privée en accordant aux fonctionnaires gouvernementaux l’accès à des informations dont ils n’ont plus besoin pour leur travail, mais compromet aussi considérablement l’accès à l’information.

Les demandes d’accès à l’information sont généralement adressées à des départements spécifiques, qui recherchent ensuite les dossiers sensibles sous leur contrôle. Permettre aux fonctionnaires gouvernementaux d’emporter les dossiers du département avec eux lorsqu’ils partent les fait sortir ces documents du contrôle du département, ce qui cache effectivement ces documents des droits ou des recherches d’information dirigées vers ce département.

Protège les entreprises ayant accès à l’information étudiante contre toute surveillance

Un amendement préoccupant permettrait au gouvernement de cacher quelles entreprises privées ont obtenu l’accès aux renseignements personnels des étudiants ontariens lorsqu’elles répondent à des demandes de documents.

L’adoption rapide et négligente des plateformes EdTech a exposé les renseignements personnels sensibles de millions d’étudiants au Canada et à travers le monde à de graves atteintes à la vie privée. La capacité de savoir quelles entreprises obtiennent l’accès aux renseignements personnels de nos étudiants est essentielle pour évaluer les risques associés à la vie privée et à la cybersécurité, ainsi qu’à évaluer plus largement l’équité des outils d’IA adoptés par le gouvernement appliqués à nos étudiants.

Exonération des évaluations gouvernementales en cybersécurité de la divulgation

Un autre amendement exempterait catégoriquement les évaluations de cybersécurité du secteur public des exigences de divulgation publique. Bien que des détails susceptibles de compromettre la sécurité puissent légitimement être retenus, cette exemption proposée s’applique aux évaluations qui ne représentent aucune menace pour la cybersécurité.

Par exemple, à la suite d’une faille de sécurité, les plans documentant l’échec du gouvernement à adopter des garanties essentielles seraient exemptés même si les lacunes de sécurité qu’ils décrivent avaient été corrigées il y a des années. Le résultat final serait une perte de responsabilité et une réduction des incitatifs à adopter des approches plus robustes en cybersécurité.

Moins de surveillance et de transparence de la vie privée gouvernementale

Un dernier ensemble d’amendements protégerait le partage d’informations gouvernementales contre la surveillance du commissaire à la protection de la vie privée et mettrait fin à l’obligation du gouvernement de l’Ontario de publier des détails sur les types d’informations personnelles traitées et pourquoi.

Collectivement, ces mesures créeraient d’importantes lacunes dans le cadre de la vie privée et de la responsabilité publique de l’Ontario. Ils rendraient plus difficile pour le public de comprendre comment les décisions sont prises, comment les renseignements personnels sont utilisés et si le gouvernement respecte ses obligations de protéger la population ontarienne.

La CCLA exhorte le gouvernement ontarien à retirer ces dispositions nuisibles et à défendre les principes d’ouverture, de responsabilité et de vie privée, essentiels à une démocratie saine.

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The CCLA is an independent, non-profit organization with supporters from across the country. Founded in 1964, the CCLA is a national human rights organization committed to defending the rights, dignity, safety, and freedoms of all people in Canada.

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